Jean-Luc Mélenchon : « Le modèle allemand est une imposture »

Dans un pamphlet qui vient de paraître, Jean-Luc Mélenchon dénonce la volonté de l’Allemagne d’imposer au reste de l’Europe sa vision de la vie en société, porteuse de violence sociale. Il plaide ici au contraire pour une Europe inspirée de valeurs françaises telles que la laïcité, une subordination de l’économie à la politique et une égalité sociale sans laquelle il n’y a pas de liberté possible.

Christophe Kantcheff  et  Michel Soudais  • 7 mai 2015 abonné·es
Jean-Luc Mélenchon : « Le modèle allemand est une imposture »
© Photo : AFP PHOTO / JOEL SAGET

Jean-Luc Mélenchon est un auteur prolixe. Six mois après avoir esquissé une « théorie de la révolution citoyenne » ( l’Ère du peuple, Fayard), le cofondateur du Parti de gauche s’attaque à ce que l’on a coutume d’appeler « le modèle allemand » dans un essai, le Hareng de Bismarck, qu’il présente lui-même comme un pamphlet. La charge est rude mais argumentée. L’auteur explique en avoir conçu le projet en réaction à la brutalité avec laquelle les dirigeants allemands ont traité le nouveau gouvernement grec. Est-elle pour autant justifiée ? C’est ce que nous avons cherché à savoir. Lors de notre rencontre avec l’ancien candidat du Front de gauche, dans un café de l’Est parisien au matin du 1er mai, celui-ci s’est défendu de toute germanophobie. Convaincu des vertus du conflit pour provoquer la conscience, Jean-Luc Mélenchon assume la polémique que cet essai ne manquera pas de susciter.

Pourquoi avoir choisi cette fois d’écrire un pamphlet ?

Jean-Luc Mélenchon : Quand on parle d’Europe, les gens n’écoutent plus. Pour eux, c’est un sujet vain, embrouillé par principe. À juste titre ! Mon livre est avant tout un objet destiné à faire penser. Il désintoxique : le modèle allemand est une imposture. Il n’y a pas de modèle capitaliste qui « réussit ». Ni de pays où la soumission sociale permet une vie heureuse et épanouie. Cette démonstration est déjà faite dans des ouvrages savants français ou allemands. J’essaie d’en faire un débat public. La forme pamphlet permet de maintenir le lecteur en haleine avec ici où là une blague qui détend la gravité du récit. Et elle provoque la réplique, sans laquelle il n’y a pas de débat.

Longtemps, le Royaume-Uni est apparu comme l’obstacle à une Europe politique et sociale. À vous lire, c’est plutôt l’Allemagne. On était dans l’erreur ?

Dans le temps long de l’histoire, les Britanniques se sont toujours opposés à l’émergence d’une puissance continentale en face de leur île. Alors on avait été surpris de leur demande de rejoindre l’Union européenne. Et dès que cela a été fait, ils ont surtout pratiqué le sabotage. On se rappelle des sketchs de Margaret Thatcher…

Angela Merkel l’a remplacée ?

L’Europe, comme le capitalisme, a une histoire. Entre le traité de Rome et l’Europe d’aujourd’hui, il y a certes une continuité : la foi dans le marché, et le libre-échange comme organisateur suprême de la société. Mais il s’est passé aussi bien des choses. Notamment l’unification allemande. Dans un espace géopolitique qui était en train de se

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Politique
Temps de lecture : 15 minutes