Réfugiés : la mobilisation retombe-t-elle déjà ?

Alors que les initiatives se multiplient en direction des réfugiés, le rassemblement d’hier soir place de la République a réuni peu de monde.

Sasha Mitchell  • 9 septembre 2015
Partager :
Réfugiés : la mobilisation retombe-t-elle déjà ?

Il aura fallu attendre la publication d’une photo d’une violence extrême, celle d’un enfant nommé Aylan, le visage posé contre le sable d’une plage turque, pour que le sursaut citoyen intervienne. Depuis la semaine dernière, les réseaux d’entre-aide et d’assistance se mettent en place, en témoigne l’ouverture du site aiderlesréfugiés.fr, pour recenser les initiatives de soutien. Il enregistrait 200 000 connexions en deux jours et recensait lundi 3 000 offres d’hébergements.

Samedi dernier, plus de 10 000 personnes se sont rassemblées en province et à Paris, pour assurer aux milliers de réfugiés transitant par la Turquie, la Grèce, la Macédoine, qu’ils sont bel et bien « les bienvenus » sur le territoire national. Et dire que chaque mort est une mort de trop.

Lundi, pendant sa conférence de presse, François Hollande a promis l’accueil de 24 000 réfugiés supplémentaires, étalé sur deux ans. Entre temps, le Parti Socialiste a mis en place un réseau de villes solidaires. On en comptait 210 lundi soir, parmi lesquelles Grenoble, Rennes et Clermont-Ferrand. Une soixantaine d’artistes s’en sont mêlés, dans une tribune pour le Journal du dimanche.

Eviter que l’émotion ne retombe

Hier soir, pourtant, ils étaient peu à avoir répondu à l’appel de la Ligue des droits de l’homme (LDH) et d’une vingtaine d’autres associations, place de la République. Trois cent cinquante, tout au plus. Des militants, surtout, mais peu de citoyens ordinaires.

« Samedi dernier j’étais en colère, ce soir je suis déçue » , lâche Agathe, la trentaine, amère. « J’espérais qu’il y ait plus de monde. » Elle tient près d’elle sa fille Carla, pancarte « Sauvons-les » à la main. « Elle a insisté pour venir, ça lui tenait à cœur. La pancarte, elle l’a faite à l’école aujourd’hui » , confie-t-elle.

Illustration - Réfugiés : la mobilisation retombe-t-elle déjà ?

Un peu plus loin, Evelyne, « pas forcément une habituée de ce genre de rendez-vous » , porte un morceau de carton avec le slogan « Ouvrez les frontières » , à bout de bras. « J’ai l’impression de venir avec une petite cuillère pour éteindre un incendie » , sourit-elle. Ancienne résidente allemande, elle regrette que « les gens ne se parlent pas assez, ici » . « Il faut se mobiliser, bouger, embêter nos dirigeants. Si chacun pouvait apporter un foulard, des vêtements, du pain aux réfugiés, ce serait mieux » , glisse-t-elle, songeuse.

Au pied de la statue, les déclarations des associations se succèdent. Si certaines saluent « un changement d’ambiance dans un climat pesant depuis quelques temps » , d’autres, à l’image de SOS Racisme, craignent que l’émotion ne retombe. Car une fois retombée, l’émotion de ces derniers jours risque de laisser une nouvelle fois sa place à l’indifférence, alors que 55% des Français se disent encore défavorables à un assouplissement des conditions d’octroi du statut de réfugiés.

Charge de CRS

Après une heure passée sur la place de la République, un cortège d’une centaine de personnes, emmené par des associations de réfugiés, a tenté de remonter le boulevard du Temple en direction du Cirque d’hiver, où se tenait un meeting du Parti socialiste en faveur des réfugiés.

Lire > Réfugiés : meeting tragi-comique du PS au Cirque d’Hiver

Arrêtés par un épais cordon de CRS à quelque deux cent mètres du but, les manifestants ont été contraints de rebrousser chemin après un face à face d’une dizaine de minutes avec les forces de l’ordre. Un petit groupe parti en manifestation sauvage vers la place Stalingrad s’est confronté avec les forces de l’ordre, selon des témoignages recueillis sur place.

Société
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

À Saint-Avold, les gilets jaunes reprennent le rond-point
Reportage • 14 octobre 2026 abonné·es

À Saint-Avold, les gilets jaunes reprennent le rond-point

Depuis les premiers jours de la mobilisation lycéenne, une date est très attendue : celle du retour annoncé des gilets jaunes le 17 octobre. Une journée d’action lancée début septembre sur les réseaux sociaux pour protester notamment contre l’augmentation du prix de l’essence et du coût de la vie.
Par Céline Martelet
Mouvement lycéen : des aînés « fiers » et « admiratifs »
Luttes • 14 octobre 2026

Mouvement lycéen : des aînés « fiers » et « admiratifs »

Les lycéen·nes trouvent aussi du soutien parmi les militant·es engagé·es de longue date dans diverses luttes, qui accompagnent ce combat de la jeunesse avec un espoir renouvelé.
Par Kamélia Ouaïssa
Derrière les lycéen·nes, « la daronnerie est en colère »
Analyse • 14 octobre 2026 abonné·es

Derrière les lycéen·nes, « la daronnerie est en colère »

Depuis bientôt un mois, les lycéen·nes qui luttent pour leur avenir mènent un mouvement social de grande ampleur pour exiger notamment de meilleures conditions d’apprentissage. Dans leur sillage, et face à la répression qu’ils et elles subissent, des parents se mobilisent à leurs côtés. Certains sont organisés en collectif.
Par Pauline Migevant et Kamélia Ouaïssa
Maintien de l’ordre : 100 000 signatures et des années d’alertes contre les armes mutilantes
Violences • 13 octobre 2026

Maintien de l’ordre : 100 000 signatures et des années d’alertes contre les armes mutilantes

Après plusieurs mutilations de lycéens, une pétition réclame l’interdiction de plusieurs armes et techniques policières lors des manifestations lycéennes. Une demande loin d’être récente malgré des avertissements répétés, jusqu’aux Nations unies.
Par Maxime Sirvins