Réfugiés : la mobilisation retombe-t-elle déjà ?
Alors que les initiatives se multiplient en direction des réfugiés, le rassemblement d’hier soir place de la République a réuni peu de monde.

Il aura fallu attendre la publication d’une photo d’une violence extrême, celle d’un enfant nommé Aylan, le visage posé contre le sable d’une plage turque, pour que le sursaut citoyen intervienne. Depuis la semaine dernière, les réseaux d’entre-aide et d’assistance se mettent en place, en témoigne l’ouverture du site aiderlesréfugiés.fr, pour recenser les initiatives de soutien. Il enregistrait 200 000 connexions en deux jours et recensait lundi 3 000 offres d’hébergements.
Samedi dernier, plus de 10 000 personnes se sont rassemblées en province et à Paris, pour assurer aux milliers de réfugiés transitant par la Turquie, la Grèce, la Macédoine, qu’ils sont bel et bien « les bienvenus » sur le territoire national. Et dire que chaque mort est une mort de trop.
Lundi, pendant sa conférence de presse, François Hollande a promis l’accueil de 24 000 réfugiés supplémentaires, étalé sur deux ans. Entre temps, le Parti Socialiste a mis en place un réseau de villes solidaires. On en comptait 210 lundi soir, parmi lesquelles Grenoble, Rennes et Clermont-Ferrand. Une soixantaine d’artistes s’en sont mêlés, dans une tribune pour le Journal du dimanche.
Eviter que l’émotion ne retombe
Hier soir, pourtant, ils étaient peu à avoir répondu à l’appel de la Ligue des droits de l’homme (LDH) et d’une vingtaine d’autres associations, place de la République. Trois cent cinquante, tout au plus. Des militants, surtout, mais peu de citoyens ordinaires.
« Samedi dernier j’étais en colère, ce soir je suis déçue » , lâche Agathe, la trentaine, amère. « J’espérais qu’il y ait plus de monde. » Elle tient près d’elle sa fille Carla, pancarte « Sauvons-les » à la main. « Elle a insisté pour venir, ça lui tenait à cœur. La pancarte, elle l’a faite à l’école aujourd’hui » , confie-t-elle.
Un peu plus loin, Evelyne, « pas forcément une habituée de ce genre de rendez-vous » , porte un morceau de carton avec le slogan « Ouvrez les frontières » , à bout de bras. « J’ai l’impression de venir avec une petite cuillère pour éteindre un incendie » , sourit-elle. Ancienne résidente allemande, elle regrette que « les gens ne se parlent pas assez, ici » . « Il faut se mobiliser, bouger, embêter nos dirigeants. Si chacun pouvait apporter un foulard, des vêtements, du pain aux réfugiés, ce serait mieux » , glisse-t-elle, songeuse.
Au pied de la statue, les déclarations des associations se succèdent. Si certaines saluent « un changement d’ambiance dans un climat pesant depuis quelques temps » , d’autres, à l’image de SOS Racisme, craignent que l’émotion ne retombe. Car une fois retombée, l’émotion de ces derniers jours risque de laisser une nouvelle fois sa place à l’indifférence, alors que 55% des Français se disent encore défavorables à un assouplissement des conditions d’octroi du statut de réfugiés.
Charge de CRS
Après une heure passée sur la place de la République, un cortège d’une centaine de personnes, emmené par des associations de réfugiés, a tenté de remonter le boulevard du Temple en direction du Cirque d’hiver, où se tenait un meeting du Parti socialiste en faveur des réfugiés.
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Arrêtés par un épais cordon de CRS à quelque deux cent mètres du but, les manifestants ont été contraints de rebrousser chemin après un face à face d’une dizaine de minutes avec les forces de l’ordre. Un petit groupe parti en manifestation sauvage vers la place Stalingrad s’est confronté avec les forces de l’ordre, selon des témoignages recueillis sur place.
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