Syrie : Pas de trêve sans solution politique

Après une petite semaine de répit, les populations des zones rebelles ont de nouveau subi des bombardements de l’aviation du régime.

Denis Sieffert  • 21 septembre 2016
Partager :
Syrie : Pas de trêve sans solution politique
© Photo : Ahmad Hasan/ANADOLU AGENCY/AFP

Ces derniers jours l’ont encore montré : il n’y aura pas de répit possible en Syrie sans décision politique. Après une petite semaine de répit, les populations des zones rebelles d’Alep et d’Idlib, au nord-ouest du pays, et de la Ghouta orientale, à l’est de Damas, ont de nouveau subi des bombardements ou des tirs de mitrailleuse en provenance de l’aviation du régime. Dans la province d’Alep, douze employés du Croissant-Rouge et leurs chauffeurs ont été tués par des frappes aériennes. L’Organisation syrienne des droits de l’homme disait, mardi, n’avoir pas pu déterminer l’identité des avions, russes ou syriens. Le convoi devait livrer des vivres aux 78 000 habitants d’Orum al-Koubra. Ce raid a été lancé quelques heures après que l’armée de Bachar Al-Assad eut annoncé « la fin du gel des combats ». Peu avant, Assad avait accusé les États-Unis d’avoir commis une « agression flagrante » en menant samedi un raid contre son armée à Deir Ezzor qui a fait au moins 90 morts. Un bombardement reconnu par les États-Unis qui ont affirmé avoir cru frapper des positions de Daech, et présenté leurs excuses. Quoi qu’il en soit, cette « bavure », si c’en est une, s’est produite tout à fait à l’est de la Syrie, dans une zone tenue par Daech, et qui n’était pas concernée par la trêve.

C’est à l’Ouest, dans ce qu’on appelle la Syrie « utile », celle des grandes villes, que se noue le conflit. Damas a accusé la rébellion d’avoir violé la trêve. Mais le principal blocage est venu du régime, qui a refusé d’ouvrir la route du Castello qui relie Alep à la Turquie, privant ainsi la population de toute aide humanitaire. L’acheminement de vivres était l’objet même de l’accord russo-américain.

De nouveau dans l’impasse, la crise syrienne devait être à l’ordre du jour de l’Assemblée générale des Nations unies qui s’ouvrait mardi à New York. Une nouvelle rencontre entre le secrétaire d’État John Kerry et son homologue russe, Sergueï Lavrov, était également au programme, avant une réunion du Groupe international de soutien à la Syrie (GISS). Ce groupe qui rassemble 23 pays ou organisations internationales est porteur d’une feuille de route diplomatique. Il y est question d’un « système d’administration fiable », de « délais » et de « procédures » pour élaborer une nouvelle constitution, puis d’élections « libres et justes ».Mais tout cela paraît d’une bien piètre littérature dans un conflit qui a fait plus de 300 000 morts. Tout se joue en réalité entre Moscou et Washington autour de deux questions : le départ de Bachar Al-Assad, et l’organisation d’un pouvoir de transition. Mais Vladimir Poutine ne semble pas prêt à lâcher son allié dans un contexte international difficile pour la Russie.

Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Bande de Gaza : l’école à tout prix
Reportage 7 janvier 2026 abonné·es

Bande de Gaza : l’école à tout prix

Dans l’enclave palestinienne, les enfants retournent progressivement en classe depuis la signature du fragile cessez-le-feu, le 10 octobre dernier. Les leçons se tiennent dans des établissements où vivent encore des déplacés, ou sous des tentes fragiles plantées au cœur des dizaines de camps du territoire.
Par Céline Martelet et Shrouq Aila
Venezuela : un retour à l’ère coloniale
Chronique 6 janvier 2026

Venezuela : un retour à l’ère coloniale

L’opération de Caracas a de multiples dimensions géopolitiques et civilisationnelles qui devraient mobiliser les démocrates, en Europe notamment.
Par Denis Sieffert
« Donald Trump donne un permis général pour un Far West global »
Entretien 5 janvier 2026 abonné·es

« Donald Trump donne un permis général pour un Far West global »

Directeur de recherches à l’Iris et spécialiste de l’Amérique latine, Christophe Ventura dresse un panorama des rapports de force à Caracas, alors que le président vénézuélien Maduro, kidnappé par les États-Unis dans la nuit du vendredi 2 janvier, a été présenté devant la justice américaine.
Par Olivier Doubre et Pierre Jacquemain
À Mayotte, la police aux frontières expulse la mère d’un enfant en soins palliatifs
Reportage 15 décembre 2025 abonné·es

À Mayotte, la police aux frontières expulse la mère d’un enfant en soins palliatifs

Placé en soins palliatifs pour une hépatite A fulminante, N. a failli mourir seul. La raison : la police aux frontières de Mayotte avait choisi ce moment pour expulser sa mère Fatima, d’origine comorienne.
Par Christophe Decroix