La France insoumise s’émancipe

Le mouvement initié par Jean-Luc Mélenchon en appui à sa candidature a présenté son programme et arrêté dix mesures emblématiques lors d’une convention qui a innové dans les codes et les pratiques, le week-end dernier.

Michel Soudais  • 19 octobre 2016 abonné·es
La France insoumise s’émancipe
© Photo: Michel Soudais

Le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard, avait prévenu que la première convention de La France insoumise serait « un événement inédit d'un genre nouveau », autant dans la composition des participants que dans son déroulé : « Ni un congrès, ni un grand show à l'américaine. » Samedi midi, à l'ouverture des portes des Halls de la filature, une ancienne usine en brique de Saint-André-lez-Lille transformée en parc d'exposition, les participants qui viennent retirer badge et dossier sont de tous âges, et ne semblent pas se connaître. Il y a parmi eux beaucoup de novices. Et pour cause.

650 des 1.000 conventionnels attendus ont été tirés au sort, à parité, parmi les 130 000 personnes qui, sur le site internet jlm2017.fr, ont déclaré, depuis le 10 février, appuyer la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Moyenne d'âge annoncée : 43 ans. Les 350 autres sont des « représentants de toutes les insoumissions » : syndicalistes, lanceurs d'alerte, responsables associatifs, militants de causes écologistes, ainsi que des représentants des partis (Parti de gauche, Nouvelle gauche socialiste) ou regroupements politiques (communistes insoumis, Ensemble insoumis) membre de « l'espace politique » de la France insoumise.

L'abandon des verticalités passées

Pour cette convention qui, pour la première fois, réunit physiquement des gens, membres ou non des 1.400 « groupes d'appui » formés dans le pays, qui n'étaient jusqu'ici rassemblés que virtuellement sur la plate-forme internet de la France insoumise et les réseaux sociaux, les organisateurs ont délibérément cassé les codes traditionnels de ce type de réunion afin que les conventionnels ne se regroupent ni par affinité, ni par origine géographique, mais se mélangent et échangent.

Ces derniers s'installent par tables de six, décorées aux couleurs du mouvement, dans une grande salle aux murs blancs ornée d'écrans avec en son centre une estrade circulaire. Ils ont préalablement tiré dans deux grandes vasques leur numéro de table, de sorte que chacune d'elle comporte trois femmes et trois hommes. La Convention est retransmise en streaming sur internet, et les internautes invités à réagir ou à formuler eux aussi des propositions via les réseaux sociaux et, pour ceux qui y sont inscrits, à voter sur la plate-forme jlm2017.fr dans les mêmes conditions que les participants à la convention.

« Les réseaux sociaux permettent d'abandonner les verticalités des formes d'action militante qui existaient par le passé », explique Alexis Corbière, premier intervenant d'un long après-midi. Il justifie l'entrée en campagne précoce de Jean-Luc Mélenchon, dont il est le porte-parole pour la campagne présidentielle : si cela n'avait pas été cas, s'interroge-t-il en substance, qui aujourd’hui pourrait répondre aux discours de la droite omniprésente dans les médias en cet automne ? Défend ensuite une nouvelle fois le refus irrémédiable de son candidat de se soumettre à une primaire. Et affiche l'ambition du mouvement « en cours de construction, et donc en perpétuelle évolution » : être au second tour de l'élection présidentielle et l'emporter. En bon chauffeur de salle, il ne manque pas de vanter l'atout du mouvement :

Dans le désordre actuel créé par le Président actuel et l'ancien Président, lorsqu'on observe cette vieille scène politique qui est en train de s'effondrer, le seul candidat

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