Sanctions en cascade contre des syndicalistes chez Free

Deux têtes de liste de Sud PTT sont en instance de licenciement à quelques jours des élections syndicales. Une troisième a reçu dix jours de mise à pied.

Erwan Manac'h  • 24 octobre 2016
Partager :
Sanctions en cascade contre des syndicalistes chez Free
© Photo : PHILIPPE HUGUEN / AFP

Ambiance délétère dans les centres d’appel de la marque Free : deux représentants de Sud PTT, têtes de liste aux élections syndicales du 2 novembre, ont été convoqués à un entretien préalable à licenciement, vendredi 28 octobre.

Le premier, Anousone Um, un représentant syndical coriace en conflit ouvert avec sa direction, est téléconseiller au centre d’appel de Colombes (Hauts-de-Seine). Il n’a pas hésité à témoigner dans la presse et à alerter l’inspection du travail sur les méthodes managériales du groupe, que Politis révélait en mai.

À lire >> Enquête sur le système Free

La seconde, une employée de la filiale MCRA, en charge du management dans les centres d’appel de la marque Free, vient de rejoindre la section Sud PTT à la suite d’un conflit avec ses supérieurs. Elle est candidate au mandat de représentant du personnel dans cette filiale où se prennent des décisions sensibles sur la gestion des quelque 3 000 salariés des centres d’appel du groupe Iliad, maison-mère de la marque Free.

Leur faute n’est pas encore connue, mais tout indique que la direction leur reprochera d’avoir « détourné des informations confidentielles ». Ce qu’ils nient.

Mis à pied pour avoir utilisé les statistiques de management

Mais ce n’est pas tout. Sur le site de Vitry (Val-de-Marne), géré par la société Qualipel, un autre délégué syndical de Sud, également responsable d’équipe, et lui aussi tête de liste aux prochaines élections syndicales, a été lourdement sanctionné pour « détournement des outils de management ».

Laurent Courtois avait croisé les statistiques de présence et celles concernant les primes afin d’alerter sur un soupçon de favoritisme envers une syndicaliste CFDT (aujourd’hui candidate au nom de l’Union nationale des syndicats autonomes (Unsa)). Sa mise à pied de dix jours prendra fin le dernier jour de la campagne des élections professionnelles, mais ne l’empêche toutefois pas de mener campagne et de poursuivre son activité syndicale.

Sud PTT s’est plaint auprès des 3 inspecteurs du travail compétents de « la simultanéité et la soudaineté » de ces sanctions « en période électorale ».

« Ils sont très fébriles à l’approche des élections, car la CFDT [syndicat réputé plus proche de la direction] a volé en éclat », témoigne un syndicaliste d’une autre organisation, sur le site de Vitry.

Ces affaires font également écho au licenciement, en janvier dernier, d’un cadre du site de Colombes, alors qu’il se trouvait en arrêt maladie, quelques semaines après s’être rapproché du syndicat Sud. Les prud’hommes de Nanterre rendront leur jugement sur cette affaire le 7 novembre.

Contactée le 21 octobre, la direction n’a pas souhaité nous répondre.


Mise à jour, lundi 7 novembre : Ce 7 novembre, le conseil des prud’hommes de Nanterre a rejeté la procédure en référé (en urgence) intenté par l’ex-chef d’équipe, licencié en janvier pour « désorganisation de service » alors qu’il était en arrêt maladie. Lui et son employeur Mobipel, filiale du groupe Iliad, sont renvoyés « au fond ». Une procédure classique devra donc débuter, au cours de laquelle l’ex-salarié pourra contester le fondement de son licenciement pour demander des dommages et intérêts. Elle peut durer plusieurs années.

Dans un premier temps, l’ex-chef d’équipe et le syndicat Sud ont l’intention de faire appel de ce jugement, toujours dans l’objectif d’obtenir une réintégration dans le cadre d’une procédure en référé.

Par ailleurs, les deux représentants syndicaux de Sud convoqués à un entretien préalable à licenciement le 28 octobre n’ont toujours pas reçu de lettre de licenciement. Entre-temps, les listes syndicales sur lesquelles ils étaient candidats ont réalisé des scores suffisants pour que Sud soit « représentatif ». Ils bénéficieront ainsi du statut de représentant syndical.

Travail Économie
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Les inégalités de richesse sont les inégalités des chances de demain »
Entretien 17 décembre 2025 abonné·es

« Les inégalités de richesse sont les inégalités des chances de demain »

Le constat de la nouvelle édition du « Rapport sur les inégalités mondiales » est accablant : partout dans le monde, les écarts de patrimoine se creusent. Lucas Chancel, économiste et coordinateur de ce rapport, décrypte ce constat.
Par Pierre Jequier-Zalc
Les revenants du mythe entrepreneurial
Récit 17 décembre 2025 abonné·es

Les revenants du mythe entrepreneurial

Ils ont cru au récit de l’aventure entrepreneuriale, mais dans les faits, ils se sont surtout confrontés à une réalité bien moins glamour et aux limites d’un modèle idéalisé. Les revenants de l’entrepreneuriat racontent leur retour vers le salariat.
Par Kamélia Ouaïssa
Jeunes morts au travail : le secteur agricole en première ligne
Enquête 10 décembre 2025 libéré

Jeunes morts au travail : le secteur agricole en première ligne

Les jeunes travailleurs, stagiaires ou apprentis sont particulièrement à risque face aux accidents du travail dans le secteur agricole. Les chiffres de 2024, que Politis dévoile, en témoignent. Manque de formation adéquate, maniement d’engins inadapté à leur âge, inspection du travail détricotée : les explications structurelles sont nombreuses.
Par Pierre Jequier-Zalc
Mort de Matis : « On pleure tous les jours »
Récit 10 décembre 2025

Mort de Matis : « On pleure tous les jours »

Matis Dugast, intérimaire de 19 ans, est mort en juillet 2025 sur un chantier, en Vendée. Sa mère, Murielle, raconte sa perte et l’attente pour comprendre les raisons de sa mort.
Par Lucie Inland