La Grèce passionnée par la présidentielle française

Les scores de Macron et de Mélenchon font l’objet de débats au sein de la gauche grecque.

Angelique Kourounis  • 26 avril 2017
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La Grèce passionnée par la présidentielle française
© photo : JACQUES DEMARTHON / AFP

Les élections françaises ont été très suivies en Grèce, où elles ont évidemment un effet de miroir. Le résultat a provoqué une vive déception pour tout le monde, sauf peut-être pour Alexis Tsipras, qui, à l’inverse de la majorité de la gauche grecque, redoutait une victoire de Mélenchon. La preuve : en matière de soutien à la France insoumise, Syriza a fait le minimum syndical. C’est le secrétaire général qui, la veille du premier tour, a envoyé une lettre de soutien… au Parti communiste français indiquant que « la candidature de Mélenchon représente un espoir de changement pour la France et l’Europe ». Ce n’est pas Alexis Tsipras personnellement qui s’est adressé à Jean-Luc Mélenchon.

Il est vrai que la fameuse phrase du candidat de la France insoumise – « Je ne suis pas Tsipras » – a laissé des traces. Mais pas auprès de l’ancienne présidente du Parlement, qui en a fait au contraire sa bannière. Zoé Konstantopoulou avait d’ailleurs participé au rassemblement de Jean-Luc Mélenchon à Paris, le 18 mars, alors que, de leur côté, des centaines d’artistes et d’intellectuels grecs publiaient un appel au peuple français pour voter en faveur de Mélenchon. Du coup, au vu des résultats, les réactions divergent. Le Syriza officiel appelle à soutenir Macron, « malgré les profondes différences », pour s’opposer à Marine Le Pen. « On s’aligne sur la ligne du Parti communiste, expliquait la porte-parole du parti Renia Svigou. La priorité, c’est barrer la route au fascisme. Le parti communiste français a une attitude responsable, on fait la même chose. » Est-ce à dire que Jean-Luc Mélenchon est irresponsable ?

« L’alternative finance ou fascisme ne nous concerne pas »

Chez les conservateurs, on fait contre mauvaise fortune bon cœur. Kyriakos Mitsotakis, chef de l’opposition libérale, avait soutenu Fillon, mais il s’est fendu d’un message sur les réseaux sociaux : « La victoire de Macron est la réponse des forces libérales à la logique du populisme de gauche et de droite. » Là aussi, on fait dans le minimum syndical. Pas de souhait exprimé pour la suite. Ce qui fait dire à Dimitris Papadimoulis, haut cadre du Syriza et vice-président du Parlement européen, « qu’une partie des militants de la Nouvelle Démocratie se retient de ne pas se réjouir publiquement de la victoire de Marine Le Pen, pour ne pas se mettre hors de la ligne du parti ». Chassez le naturel, il revient au galop !

D’ailleurs, puisqu’on parle de naturel, chez les socialistes grecs, pas un mot de compassion pour le naufrage de Benoît Hamon, mais « un soutien total pour la bataille que va mener Macron contre l’extrême droite ».

Les militants de gauche, ceux qui se comptabilisent désormais en Grèce en grande majorité dans les 41 % d’abstention aux dernières élections, la colère supplante le désarroi. « L’alternative finance ou fascisme ne nous concerne pas », fulmine Irini Kondaridou, professeure de lettres qui avait voté Syriza en janvier 2015. En Grèce, on risque aussi de se retrouver devant ce choix. Le fascisme ou les politiques qui ont mené au fascisme. « Brandir l’épouvantail de l’extrême droite pour placer des banquiers au pouvoir, je ne marche pas. La France insoumise, j’y ai cru, dit-elle, la voix plus calme. C’était une occasion unique. J’ai attendu les derniers résultats avant d’aller me coucher. Maintenant, j’attends vos législatives. Qui sait, un miracle peut encore avoir lieu. »

Enfin, histoire de ne pas les oublier, le parti néo-nazi grec, Aube dorée, jubile, tout en précisant qu’il est plus proche de Le Pen père que de Marine.

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