Censure d’un colloque : Pina jouit…

Un colloque sur l’islamophobie à l’université Lyon-II n’aura pas lieu. Un cadeau à la fachosphère, le Printemps républicain, la Licra et… Mme Pina !

Christophe Kantcheff  • 11 octobre 2017
Partager :
Censure d’un colloque : Pina jouit…
© photo : JEFF PACHOUD / AFP

Le 14 octobre, devait se tenir un colloque à l’université Lumière Lyon-II intitulé « Lutter contre l’islamophobie, un enjeu d’égalité ? ». Sur décision de la présidente de l’établissement, il n’aura pas lieu. Selon elle, « les conditions ne sont pas réunies pour assurer la sérénité des échanges et le bon déroulement des débats autour de la question de l’islamophobie et de ses enjeux politiques ». Cet acte de censure est un cadeau à ceux qui ont appelé à son interdiction : la fachosphère, le Printemps républicain, la Licra et… Mme Pina ! Sacrée Mme Pina ! La cofondatrice de « Viv(r)e la République » s’est distinguée un jour en faisant une analogie entre le voile et un brassard nazi. Nous voilà donc en présence d’une amie de la pensée ciselée.

Au sujet dudit colloque, Mme Pina a fait profiter Lefigaro.fr de ses subtilités, passant en revue les associations qui y étaient conviées (Collectif contre l’islamophobie en France, Étudiants musulmans de France, Coordination contre le racisme et l’islamophobie…). À ses yeux, rien qu’une clique projihadiste, ce qui sous sa plume se dit : des « professionnels de l’entrisme islamiste et de la déstabilisation ». Le dirigeant d’une de ces associations est fiché S ? Mme Pina l’interdit de parole publique – bien que cela ne relève d’aucune législation – sans s’interroger davantage, il ne faut pas rêver, sur la rigueur de ces fichages.

Mais Mme Pina ne s’arrête pas en si bon chemin. Elle jette l’opprobre sur les universitaires qui encadrent ces journées de réflexion. François Burgat au premier chef, chercheur de renom, mais « très proche » du diable, dont le nom de code est Tariq Ramadan. Les autres sont « des étudiants en doctorat se faisant passer pour des experts reconnus » ou d’obscures enseignants. Bref, des branquignols et des terroristes. Tout le contraire de Mme Pina, au pinacle de la science et instruite de ce qui se publie de plus pointu dans le domaine que couvre la chaire « Égalité, inégalités et discriminations » de l’université Lyon-II, organisatrice du défunt colloque. Humaniste, censeure sans chichi, Mme Pina réclame aussi la tête du président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco. « Rapidement et définitivement (sic), s’échauffe-t-elle. Sinon, le jeu de mots sur Jean-Louis Bianco, président de l’abattoir de la laïcité, prendra alors tout son sens ». Et rigolote avec ça…

Culture
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Mélissa Laveaux : « Mon travail a toujours été de faire entendre la voix des personnes invisibilisées »
Entretien 22 juillet 2026 abonné·es

Mélissa Laveaux : « Mon travail a toujours été de faire entendre la voix des personnes invisibilisées »

Depuis des années, la chanteuse franco-canadienne ne cesse de dynamiter la scène musicale, entre célébration de la mémoire et mise en lumière de figures queers et féministes oubliées. Politis est allé à la rencontre d’une artiste hors normes, qui a partagé en mars dernier son cinquième album.
Par Bérénice Paul
« Mens Alors ! » : un plateau très relevé
Festival 22 juillet 2026 abonné·es

« Mens Alors ! » : un plateau très relevé

Pluridisciplinaire, avec un axe principal autour des musiques en liberté, le festival isérois itinérant Mens Alors ! invite à vivre des expériences artistiques singulières dans des cadres inhabituels. Petit survol de la 22e édition, résolument ouverte sur le monde.
Par Jérôme Provençal
Festival d’Avignon : solitudes coréennes
Festival 17 juillet 2026 abonné·es

Festival d’Avignon : solitudes coréennes

Le Festival d’Avignon a mis en avant un riche paysage théâtral méconnu en France, travaillé par l’isolement contemporain et la mémoire des traumatismes passés.
Par Anaïs Heluin
Le Festival d’Avignon regarde le Mal en face
Théâtre 17 juillet 2026 abonné·es

Le Festival d’Avignon regarde le Mal en face

À l’ample et profond Maldoror de Julien Gosselin, qui a ouvert la 80e édition du festival dans la cour d’honneur du palais des Papes, s’ajoutent plusieurs spectacles qui prennent à bras-le-corps la question de la violence et de la souffrance.
Par Anaïs Heluin