Dix-huit mois de prison avec sursis requis contre Mathieu Gallet

Le parquet de Créteil réclame une peine lourde contre le patron de Radio France pour « favoritisme » lorsqu’il dirigeait l’INA.

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Après plus de dix heures d’audience, le parquet de Créteil s’est prononcé : dix-huit mois de prison avec sursis requis et 40 000 euros d’amende pour avoir favorisé certaines sociétés, auxquelles l'établissement public a versé plus de 400 000 euros, quand il était à la tête de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), entre 2010 et 2014.

C’est à la suite de l’affaire des frais de taxi ahurissants d’Agnès Saal, sa successeure, que l’enquête avait été ouverte, en 2015, sur la gestion passée de l’INA. Les investigations avaient notamment pointé des irrégularités avec la société de conseil Roland Berger Strategy. L'INA avait conclu avec elle un marché public de 289 000 euros hors taxes, au terme d'un appel d'offres de seulement cinq jours en 2013. « Trop court », selon la procureure, qui a également estimé que Mathieu Gallet avait faussé la concurrence en laissant entendre à Roland Berger dès 2010 que l'INA aurait besoin de conseils pour fusionner certaines de ses directions.

Dans un dossier très technique sur les marchés publics, le tribunal s’est aussi interrogé sur le conseiller externe de Mathieu Gallet, Denis Pingaud. Rémunéré 5 000 euros par mois, Denis Pingaud a perçu au total 130 000 euros hors taxes, facturés par une société qu'il dirigeait lui même, Balises.

« Avant mon arrivée à l’INA, je n’avais jamais été confronté à ces questions de marché public, a ainsi assuré Mathieu Gallet, dans une ambiance glaciale. C’était quelque chose qui m’était totalement inconnu. » Si ses avocats ont souligné une « énorme confusion » sur l'attribution du marché public et dénoncé un procès à charge, qu’il s’agisse de Denis Pingaud ou de Roland Berger, « les faits [de favoritisme] sont parfaitement constitués », a estimé Jérôme Karsenti, l'avocat d'Anticor. Partie civile, l'association avait dès 2015 porté plainte contre la gestion à l'INA. Le tribunal rendra son verdict le 15 janvier prochain.

Ce qui est notable, c’est qu’hier, alors que ses programmes à l’antenne étaient largement dégradés en raison de la grève contre les ordonnances réformant le code du travail, les journaux de France Inter n’ont pas manqué d’évoquer le procès. On était loin du Figaro lorsque Serge Dassault connaît des déboires avec la justice !


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