À l’heure des dictateurs

À l’heure des dictateurs, rien de plus fragile que des démocraties défaillantes et hypocrites.

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Interdire la critique, terroriser les opposants ; être prêt à les emprisonner, voire à les éliminer physiquement. Voilà l’obsession des dictateurs. Vladimir Poutine est de ceux-là, tout comme Xi Jinping. Que le plus grand pays du monde (la Russie) et le plus peuplé (la Chine) jouissent l’un et l’autre d’impunité (la Turquie d’Erdogan avait fait de même l’an dernier) est doublement problématique : d’abord pour leurs peuples ; ensuite pour les conséquences internationales.

La surveillance généralisée des populations s’accentue en même temps que s’affirment les ambitions territoriales et militaires. Partout des stratégies d’influence se développent, au prix du sang s’il le faut : accaparement de terres, bases maritimes, protection et instrumentalisation des tyrans. Erdogan qui pourchasse et tue les combattants kurdes (à Afrine notamment) au nom de l’unité turque ou Assad qui massacre des centaines de milliers de Syriens au prétexte de capturer quelques centaines de jihadistes ont d’ailleurs bien compris leur intérêt à s’entendre avec la Russie. La Chine se montre moins sur le front des guerres mais n’en a pas moins d’ambitions, qu’elle peut assumer, pour le moment, en achetant tout ce qui passe et qui l’intéresse.

Le piège que nous tend une telle situation est redoutable : celui du « réalignement occidental » de la France. On voit bien déjà, à la faveur de la crise diplomatique entre Londres et Moscou (qui fait suite à la mort par empoisonnement de l’agent double Sergueï Skripal), qu’émerge un risque géopolitique, presque caricatural : des « démocraties libérales » d’un côté et des pouvoirs dictatoriaux de l’autre (on évitera ici d’épiloguer sur les nuances, paraît-il essentielles, entre « pouvoir très autoritaire », « démocrature » et autre euphémisme). Non pas qu’il faut être faible face aux tyrans – car choisir la liberté des individus contre l’arbitraire de l’État est un principe fondamental que les démocraties s’honoreraient d’ailleurs à défendre partout (au Yémen ou en Palestine aussi, par exemple) ; mais cette éthique ne saurait effacer la responsabilité de ces mêmes « libéraux » dans les désordres du monde (France incluse, hélas) ni surtout reléguer à l’arrière-plan l’urgence d’un autre modèle de développement. À l’heure des dictateurs, rien de plus fragile que des démocraties défaillantes et hypocrites.


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