Un Mélenchon en grande forme pour la rentrée de la France insoumise

Réunis à Marseille pour leur université d’été, les membres du mouvement sont en ordre de marche pour l’année politique qui s’annonce. Objectif : faire des élections européennes un « référendum anti-Macron ».

Agathe Mercante  • 26 août 2018
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Un Mélenchon en grande forme pour la rentrée de la France insoumise
photo : Dans un discours fleuve, Jean-Luc Mélenchon a rappelé les fondamentaux du mouvement.
© AFP

Le mistral souffle dans les allées du palais des congrès Marseille-Chanot. Quant à savoir s’il sera gagnant, les Insoumis l’espèrent. « Les vents nous sont favorables », reconnaît Adrien Quatennens, député du Nord. La clôture de la session parlementaire, au plus fort de l’affaire Macron-Benalla, a donné la part belle à l’opposition, dont la France insoumise se veut le principal représentant. Et l’université d’été – Amfis – de la France insoumise, de confirmer l’essai. Du 23 au 26 août, 3 200 sympathisants se sont rassemblés à Marseille pour assister à 130 conférences données par des intervenants des plus divers : chercheurs, militants associatifs, syndicats et élus du Parti socialiste (dont son porte-parole, Boris Vallaud), des Républicains, d’Europe écologie-Les Verts ou encore du PCF. « Que des gens qui ne sont pas d’accord se mettent à discuter passe pour un événement hors du commun », s’est faussement étonné Jean-Luc Mélenchon lors d’un discours fleuve, tenu devant plusieurs centaines de militants le samedi 25 août.

Durant une allocution de près de deux heures, le leader de la France insoumise a tenu a remobiliser ses troupes et à rappeler les fondamentaux : écologiques, sociaux, humanistes. Un choix pertinent au regard de la séquence politique qui s’annonce. Réforme des retraites, loi de finances, assurance-chômage, plan pauvreté – pour le travail parlementaire ; élections européennes du 26 mai 2019 – pour le reste. « Cette élection, ce sera un référendum anti-Macron », veut-il croire, invitant les Français à « mettre une raclée » au président de la République. « Une raclée démocratique », précise-t-il, allusion aux violences dans les manifestations dont la FI a été accusée lors des mouvements sociaux du printemps. « Pendant qu’ils tenaient ces discours, leurs barbouzes cassaient la gueule aux gens », s’est indigné le chef de file de la France insoumise, qualifiant les membres du gouvernement, et au-delà toute la République en marche, de « menteurs », d’ « hypocrites », de « faux-culs ».

« Petit copiste »

Listes nationales obligent, l’élection des représentants français au Parlement européen revêt une importance capitale pour les jeunes mouvements, que sont la France insoumise et la République en Marche. L’occasion, espèrent les Insoumis, de confirmer l’essai de l’élection présidentielle et de décrocher un score équivalent à celui obtenu en 2017 – 19,6% au premier tour. Fier d’un statut de premier opposant au président de la République, Jean-Luc Mélenchon a donc renvoyé dos à dos la politique menée par le gouvernement et celle de l’Union européenne, jugeant la première l’adaptation de la seconde. « Emmanuel Macron est le représentant de l’Union européenne, son petit copiste », a-t-il taclé. Et de marteler : « Quand vous faites un référendum sur monsieur Macron, vous faites un référendum sur l’Europe. » Cette piqûre de rappel sur l’opposition de la France insoumise aux traités européens – qui « interdisent qu’on interdise » – a permis au leader du mouvement d’expliciter à nouveau la logique « Plan A, plan B ». « Le plan A : on change les règles. » Et si les autres pays membres de l’Union européenne ne suivent pas ? « On le fait quand même », a indiqué Jean-Luc Mélenchon sans détailler davantage les contours de ce « plan B ».

Quant à la position du mouvement sur les migrants, les propos du député de Marseille se sont faits moins sibyllins. Alors que les propos de Sahra Wagenknecht, présidente du groupe parlementaire Die Linke (alliés du mouvement), avaient placé la France insoumise dans une position inconfortable, Jean-Luc Mélenchon a ménagé la chèvre et le chou. « Les vagues migratoires peuvent poser des problèmes quand certains s’en servent pour faire baisser les salaires et les acquis sociaux », a-t-il affirmé, distribuant bons points et mauvais : « Bravo à l’Aquarius », « honte au gouvernement italien », qui, selon lui « avait des raisons de contester » la politique migratoire européenne, mais dont l’interdiction faite aux garde-côtes italiens d’accoster est une « ignominie ». « Vous n’avez pas le droit de vous servir des ces 191 malheureux pour mener votre bataille contre l’Europe », a-t-il lancé à l’alliance du Mouvement 5 Étoiles et de la Ligue, qui gouvernent l’Italie depuis le mois de mai.

Retour aux fondamentaux s’il en est, le dirigeant de la France insoumise a rappelé l’attachement du mouvement à l’écologie, évoquant au passage le contenu de son programme : règle verte et planification écologique en opposition au « capitalisme vert » prôné selon lui par l’Union européenne et aux « y a qu’à, faut qu’on ». Une fois les bases politiques posées, pour la FI, il n’y plus qu’à lancer l’offensive.

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