Reporters de guerre : un monde en brut

Le prix Bayeux des correspondants de guerre tient sa 25e édition. Entre actualités et histoire, des expositions étirées dans toute la ville normande.

D’abord, il y a cette web-série stupéfiante (qui s’accompagne d’un ouvrage illustré par Léonard Cohen, à la pratique et au regard originaux), Le Parfum d’Irak (1), signée Feurat Alani, vaste encyclopédie familiale qui s’ouvre sur le premier voyage de l’auteur dans le pays de ses parents, tout gosse, près de trente ans plus tôt. En 2016, le journaliste choisit alors Twitter, rédige un tweet, puis deux, puis… mille cinq cents, pour décrire ce qui va de son enfance à la dictature, par le menu détail, jusqu’aux glaces à l’abricot. Avant de raconter l’embargo des années 1990, la misère, le sentiment d’injustice. C’est une histoire intime et universelle, des récits qui balayent le temps, des destins qui croisent celui d’un pays, miné par la dictature, la guerre, puis la naissance de l’État islamique.

Ensuite, il y a le Yémen et cette guerre « loin des yeux », grande exposition collective où l’on retrouve certaines images de Véronique de Viguerie (lire son portrait dans Politis du 11 octobre 2018), celles aussi des rares journalistes qui ont pu se rendre sur place (Guillaume Binet, Olivier Laban-Mattei, Maria Turchenkova) et celles de photographes yéménites, pour rendre compte de cette tragédie qui dure depuis trois ans, anéantit les populations civiles, plongeant le pays dans la désolation et une crise humanitaire trop ignorée, sinon méprisée.

Consacré aux correspondants de guerre, le prix Bayeux célèbre cette année sa 25e édition avec sept expositions, présentées dans différents lieux de la cité normande, sur un monde turbulent, aux conflits toujours recommencés. L’Irak et le Yémen, donc, l’Afghanistan (photographié par Shah Marai et Pascal Manoukian), ou encore la Syrie (Yuri Kozyrev, dont le travail dans ce pays ou en Irak est déployé en grand format dans les rues de Bayeux).

Des conflits, des crises, des guerres, parfois médiatisés, parfois peu documentés, très peu couverts. Ainsi, le Venezuela, vu par Oscar B. Castillo, en noir et blanc. Et plutôt en noir, dans ce pays qui en est arrivé à près de 20 000 homicides par an, gagné par les gangs et les groupes paramilitaires, régenté par la violence, pêle-mêle de crimes et délits, de misères… Une tragédie marquée également par la répression, la censure et une forte polarisation dans toutes les couches de la société, et par l’immobilisme des pouvoirs politiques.

Il reste 46% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents