Panser la civilisation

Bernard Stiegler, philosophe de la révolution numérique, invite à résister à une « immense régression ».

Lire Bernard Stiegler n’est jamais chose aisée. Il faut affronter un vocabulaire exigeant, philosophique et scientifique, sans compter que le directeur de l’Institut de recherche et d’innovation ne dédaigne pas de forger des concepts complexes. Mais l’effort est récompensé par la découverte d’une pensée globale, férocement critique du capitalisme. Stiegler est d’abord un formidable lecteur. Aristote, Nietzsche, Guattari, Deleuze, entre autres, sont ses prophètes. Nietzsche d’abord, qui suggère de commencer « non par l’étonnement, mais par l’effroi » ; Guattari ensuite, qui prédit que « l’implosion barbare n’est nullement exclue ».

C’est le « monde du mal » que visite Stiegler avec le « courage de la vérité ». Il trace un parallèle entre le biologique et le civilisationnel. Il évoque Valéry : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Il puise dans les thèses de Toynbee (La Grande Aventure humaine) et de Diamond (Effondrement). Comme Toynbee, il pense que les civilisations meurent par suicide. Et nous sommes, selon lui, dans « ce moment eschatologique que constitue l’anthropocène ». Il ne s’agit pas seulement du péril climatique, mais d’un péril global dû à « l’extrême brutalité d’une désorientation généralisée », dont « la post-vérité du non-savoir absolu » est l’un des symptômes.

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