Secret défense contre secret des sources

Non, les journalistes ne sont pas « des justiciables comme les autres » dans leur vie professionnelle, qui leur confère des droits comme celui du secret des sources.

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« Toute personne non habilitée à posséder des documents classifiés est soumise à une poursuite judiciaire […], cela fait partie de la sécurité », a déclaré Jean-Yves Le Drian sur France Inter le 28 mai. Le ministre des Affaires étrangères répondait à une question concernant la récente convocation par la DGSI de neuf journalistes du Monde, du Quotidien, de Disclose et de Radio France. Ils étaient entendus dans deux enquêtes distinctes : l’affaire Benalla et l’utilisation des armes françaises au Yémen. Le 23 mai, Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, avait déclaré sur Europe 1 que les journalistes étaient « des justiciables comme les autres ». Ce qui est vrai dans le cadre de leur vie privée, mais pas dans celui de leur vie professionnelle, qui leur confère des droits comme celui du secret des sources. Or, ce secret est mis à mal, et le droit d’informer menacé, par la récente loi sur le secret des affaires mais aussi par la « tentative d’intimidation » de la DGSI, ont expliqué Luc Bronner, directeur de la rédaction du Monde, et Édouard Perrin, président du collectif Informer n’est pas un délit, sur France Inter le 23 mai.

La convocation d’Ariane Chemin (photo) dans l’affaire Benalla vaut plutôt « validation » des informations publiées par Le Monde, a précisé Luc Bronner… Ariane Chemin a été entendue en audition libre accompagnée d’un avocat. Dans ce cadre, comme en garde à vue, elle a le droit de ne rien dire. C’est important de le rappeler, a insisté Édouard Perrin, afin que les sources ne se sentent pas dissuadées de transmettre des informations à des journalistes qui font leur travail en prenant garde de ne mettre personne, militaires compris, en danger.


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