«  Le plus dur ? Voir ces parents qui ne peuvent même pas embrasser leur enfant  »

Nouvelle série #lesdéconfinés sur Politis.fr. Le monde est en pause, mais eux continuent de s'activer. En ces temps d'épidémie, découvrez ceux qui ne sont pas confinés. Aujourd’hui Catherine, directrice d’école volontaire.

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Cela a été une semaine très fatigante, car tout s’est fait dans la précipitation, rien était prêt, rien était pensé. A Saint-Denis, où je travaille la municipalité a décidé de n’ouvrir qu’une seule école, située juste en face des urgences de l’hôpital Delafontaine en y regroupant une maternelle, une école élémentaire et un centre de loisirs dans un seul et même établissement. Un établissement que je connais bien, une des raisons pour laquelle je me suis portée volontaire, mon école étant fermée.

Comme ce n’était pas nos élèves habituels, nous n’avions même pas les numéros de téléphone des parents, si un enfant contractait le virus, nous ne pouvions pas prévenir sa famille. Nous avons perdu cette semaine entière à récupérer les coordonnées, évaluer le besoin des familles, faire connaître la structure aux parents qui ne la connaissaient pas, et définir le nombre de collègues et agents municipaux qui avaient besoin de se déplacer. Parce qu’on a pas besoin de faire déplacer dix personnes, quand seulement quatre suffisent.

"Dire qu'il y a une continuité pédagogique n'est pas vrai"

Jeudi matin, sont arrivés des collègues qui n’étaient même pas réquisitionnés. Ils nous ont dit : « on a reçu un appel comme quoi nous devions venir. » Ils n’avaient même pas d’attestation et d’ordre de mission. S’il leur arrive quoi que ce soit, ils n’ont aucune situation administrative. Alors qu’ils viennent, prennent des risques, sans être déchargés des cours donnés à leur classe habituelle.

Nous avons reçu une quinzaine d’élèves par jour. Dire qu’il y a une continuité pédagogique n’est pas vrai. Les élèves ne viennent pas tous les jours, il y a parfois des mélanges de niveaux. L’objectif de ces classes, c’est de nouer un lien. Il faut les rassurer, créer une espèce de cohésion de groupe car s’ils viennent à l’école, c’est parce que leurs parents prennent un risque et les plus grands s’en rendent compte.

Le plus dur c’est d’ailleurs de voir ces parents qui ne peuvent pas embrasser leur enfant et qui nous disent : « je ne rentre même pas dans le sas de l’école, j’ai côtoyé trop de malades aujourd’hui ». Certaines infirmières essaient même de trouver une autre solution de garde, afin de ne pas transmettre le virus à l’école.

La cacophonie au ministère

C’est quand ils viennent chercher leurs enfants le soir que nous réalisons le risque que nous encourrons. L’école a tout de même mis à disposition savon et serviettes à usage unique. Mais notre stock de gel hydrooalcolique ne devrait pas tenir plus de deux semaines, et malgré les commandes de la mairie, il devrait être difficile d’être réapprovisionné.

Le stock de masques étant également limité, nous n’en portons pas. Le ministère avance pour sa part que c’est parque que c’est anxiogène pour les enfants… Je préfère qu’on me dise la vérité sur la pénurie et qu’on m’explique comment appliquer les gestes barrières plutôt que cette excuse.

Si la mairie et nos inspecteurs sont très présents à nos côtés, on ressent toute la cacophonie au ministère qui alterne entre ordres et contre-ordres. Le plus révoltant reste tout de même la réponse à la question : « Qu’est ce qu’on fait si un membre du personnel contracte le Covid-19? » Le ministère dit : « on ne dit rien ». Si c’est un enfant, on prévient les parents, qui viennent le cherche. C’est à eux de décider s’ils le communiquent ou pas…


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