Maurice Rajsfus, « camarade éclaireur », s’en est allé…

Survivant de la Shoah, passé par Socialisme ou barbarie, il s'est fait connaître en répertoriant les abus de cette « police de la République [qui] n’a jamais été républicaine ».

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Une image nous revient. Celle d’un petit homme élégant qui, en 1993, est applaudi par une foule réclamant justice, à quelques encablures du commissariat des Grandes-Carrières (Paris), où Makomé M’Bowolé a trouvé la mort la veille, menotté, une balle en pleine tête tirée à bout portant. Président du collectif Ras l’front depuis 1990, Maurice Rajsfus va alors créer l’Observatoire des libertés publiques et son bulletin Que fait la police ? Mais on a surtout le souvenir des lectures de quelques-uns de ses 60 ouvrages. Notamment son tout premier, qui fit grand bruit, en 1980 : Des juifs dans la collaboration, l’Ugif (1941-1944), préfacé par Pierre Vidal-Naquet. Ou, plus encore, celui de 1985 : L’an prochain, la révolution. Les communistes juifs immigrés dans la tourmente stalinienne (1930-1945) : une histoire de ces juifs d’Europe de l’Est fuyant en France l’antisémitisme et la misère, avec la Torah et un livre de Marx dans leurs valises. Soit (presque) l’histoire de ses parents… Jusqu’au 16 juillet 1942 et la rafle du Vél’ d’Hiv’, lorsqu’ils sont arrêtés par deux policiers français.

Né en 1928, Maurice Rajsfus et sa sœur échappent in extremis à la déportation. Leurs parents, eux, ne reviendront pas. C’est ce terrible souvenir qui fait devenir Maurice l’inlassable pourfendeur des violences policières. Exclu dès 1946 des Jeunesses communistes auxquelles il a adhéré à la Libération, passé par le trotskisme mais surtout par Socialisme ou barbarie, il se met à répertorier les abus de cette « police de la République [qui] n’a jamais été républicaine ». Tout particulièrement le 17 octobre 1961, puis le 8 février 1962 au métro Charonne. Et en Mai 68… Ses fameuses fiches bristol – plus de 10 000 – rédigées patiemment sont une encyclopédie de la répression policière. « Survivant de la Shoah », il n’en est pas moins un militant fervent de la cause palestinienne, puisque « le projet sioniste avait rapidement dérivé en une entreprise raciste et coloniale ». Rajsfus est mort à 92 ans, ce 13 juin, alors que la manif initiée par le Comité Adama était bloquée par les CRS et arrosée de lacrymos (lire page 13).


Haut de page

Voir aussi

Articles récents