« Il faut savoir interroger les enfants »

Le psychiatre Gérard Lopez rend compte des mécanismes d’un fléau accroché au tabou, lié au poids de la famille mais aussi aux faiblesses et aux ambiguïtés administratives et médicales.

Jean-Claude Renard  • 10 février 2021 abonné·es
« Il faut savoir interroger les enfants »
© Petit doux n’a pas peur, de Marie Wabbes/edition la martinière jeunesse

Un long silence qui frappe les victimes, l’omerta familiale, le sentiment de honte, le familialisme, le rôle de l’État, des institutions, de l’Éducation nationale, des facultés de médecine. Gérard Lopez, médecin psychiatre, fondateur de l’Institut de victimologie et administrateur de l’association Face à l’inceste, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet (1), rend compte d’un noir tableau et des chantiers à entreprendre.

D’Éva Thomas à Camille Kouchner, comment expliquez-vous que la libération de la parole semble passer par le récit ?

Gérard Lopez : Des romans ou des récits, il en existe des centaines. Le récit qui compte ne vient jamais que d’une personne susceptible de faire du buzz. C’est, par exemple aujourd’hui, le cas de Camille Kouchner, la fille d’un ancien ministre de la Santé. D’Éva Thomas à aujourd’hui, ce qui a changé, c’est le rôle des réseaux sociaux, c’est l’apport des féministes, c’est le mouvement #MeToo. La société a changé son regard. Mais je crains un effet de « mode ». On en revient à la formule de Victor Hugo : ce que la mode apporte, la mode le remporte.

Dans la plupart des cas, comment rendre compte d’un si long silence ? Où commence l’omerta ? Certains événements facilitent-ils la parole ?

Les enfants aiment l’agresseur, ils craignent de ne pas être crus, ils se sentent coupables de ce qui s’est passé. Ils ont peur de briser la famille. Ils ont honte. Et ils se confrontent au déni. Les

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