Méditerranée : Le sale boulot des gardes-côtes libyens

La sous-traitance par l’Europe de l’interception des migrants en mer révèle une nouvelle fois sa réalité choquante.

Politis  • 7 juillet 2021
Partager :
Méditerranée : Le sale boulot des gardes-côtes libyens
© Jérémie Lusseau / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Les images sont absolument glaçantes. Mises en ligne par l’ONG allemande Sea-Watch, connue pour ses opérations de sauvetage en mer de réfugiés fuyant l’horreur libyenne, elles ont été prises depuis son petit avion, le Seabird. Le 30 juin, entassés sur une embarcation de fortune, 63 candidats à l’exil font route depuis de longues heures dans des conditions effroyables vers l’île italienne de Lampedusa. Une vedette de gardes-côtes libyens surgit et les prend soudain en chasse. Ils tirent plusieurs coups de feu sur les migrants à l’arme automatique sans, heureusement, atteindre personne, puis manquent d’extrême justesse de les éperonner à au moins deux reprises. Le son de la vidéo ne laisse aucun doute : une volontaire de l’ONG exige par radio des gardes-côtes qu’ils cessent immédiatement leurs tirs et manœuvres, violations évidentes du droit international. La scène se déroule en effet dans les eaux de la zone de recherche et de sauvetage maltaise, dévolue à des gardes-côtes libyens déjà maintes fois impliqués dans des actes de violence contre des réfugiés.

Si l’incident a plus que choqué, surtout en Italie, il a aussi déclenché une vive polémique, puisque la vedette a été livrée en 2017 et entièrement financée par Rome, dans le cadre d’une politique européenne qui s’apparente à une sous-traitance aux gardes-côtes libyens, pour intercepter les migrants en mer en direction de l’Union européenne. Alors que le Parlement italien doit renouveler dans quelques jours ces financements à Tripoli et que Bruxelles étudie la possibilité de nouveaux versements en euros, la gauche de gauche italienne a exigé du pâle Parti démocrate et de son allié le Mouvement 5 étoiles, au pouvoir (et soutenus par l’extrême droite de Matteo Salvini), qu’ils cessent d’approuver ces mesures. Si l’embarcation a réussi à rejoindre Lampedusa, une autre a chaviré dans le port de la petite île, causant la mort de sept migrants, dont une jeune femme enceinte. Et 600 exilés ont été recueillis ces jours-ci par le navire Ocean Viking de l’ONG SOS Méditerranée…

Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Partir de Gaza a sauvé mon art »
Portrait 26 juin 2026 abonné·es

« Partir de Gaza a sauvé mon art »

Mohammed Hilles est un violoniste gazaoui de 26 ans. Il y a un peu plus d’un an, il a été évacué de l’enclave palestinienne pour poursuivre ses études et sa musique en France. L’exil pour continuer de jouer. Mais à quel prix ?
Par Charlotte Gauthier
« La révolution des flamants roses » secoue l’Albanie
Europe 26 juin 2026 abonné·es

« La révolution des flamants roses » secoue l’Albanie

Depuis la fin mai, le « pays des aigles » est en ébullition. Le mégaprojet touristique de la famille Trump sur une zone naturelle protégée est devenu le symbole de la dérive corrompue et autoritaire du régime d’Edi Rama. Mais pas seulement.
Par Simon Rico
Indonésie : à Bangka, l’extraction de l’étain, noir tribut payé à nos écrans
Reportage 25 juin 2026 abonné·es

Indonésie : à Bangka, l’extraction de l’étain, noir tribut payé à nos écrans

Dans l’archipel indonésien, des travailleurs extraient l’étain dans des conditions extrêmement dangereuses. Indispensable à la fabrication des smartphones et des ordinateurs, le précieux métal s’arrache au prix de vies humaines et d’un désastre écologique.
Par Pierre Terraz et Paul Boyer
« On ne gagne pas une élection présidentielle seulement sur les questions internationales »
Entretien 16 juin 2026 abonné·es

« On ne gagne pas une élection présidentielle seulement sur les questions internationales »

L’engagement de certains candidats sur les crises internationales peut-il devenir un atout électoral en 2027 ? Chercheur en science politique, Élie Michel décrypte les limites du poids de l’international dans la présidentielle à venir.
Par William Jean