Transphobie médicale : « Vous êtes sûr que vous avez un vagin ? »

Méprisées, psychiatrisées, ignorées, les personnes trans subissent les discriminations et les injonctions du corps médical.

Chloé Dubois (collectif Focus)  • 21 juillet 2021 abonné·es
Transphobie médicale : « Vous êtes sûr que vous avez un vagin ? »
© Fanatic Studio / Gary Waters / SCIEN / FST / Science Photo Library via AFP

E n arrivant devant la porte de la gynécologue, je vois son visage totalement désemparé, déboussolé. Elle ne comprend pas qui je suis. » Puis la spécialiste demande : « Vous êtes sûr que vous avez un vagin ? » Dans une vidéo diffusée sur le compte Instagram de Lexie, autrice et militante trans (1), Noam témoigne d’une consultation particulièrement brutale. Il raconte être toujours devant la porte du cabinet lorsque la gynécologue lui demande s’il a « quelque chose entre les jambes ». Puis, « elle hésite, soupire, [le] dévisage » et, finalement, « [le] laisse entrer ». Une fois à l’intérieur, elle prononce son deadname, c’est-à-dire son ancien prénom, et ajoute : « Mais c’est quoi ce prénom ? Arabe en plus ! […] Vous êtes sûr que ce n’est pas la carte Vitale de votre mère ou de votre sœur ? » Il ne dit rien, pense : « Faut pas que je m’énerve », pour pouvoir être pris en charge. Mais ça continue. Au moment d’« écarter les jambes » pour l’examen, « la gynécologue se met dos à moi et me demande si je suis bien sûr d’avoir un vagin ». Toujours la même question, assortie de la même réponse : « Oui, j’ai un vagin ! »

Indépendamment de la manière « dont nous sommes reçu·es, il est clair que les médecins ignorent qui sont les personnes trans et de quoi nous avons besoin », tranche Lexie, qui estime que la profession doit se débarrasser « de l’objectivité scientifique et médicale » pour appréhender les transidentités. La médecine estime que « nos corps ne sont pas de notre genre », et le concept de binarité de genre n’est jamais interrogé. Lexie en est convaincue : c’est le manque de connaissances et d’informations délivrées au moment des études de médecine qui ruine, en partie, les possibilités d’amélioration des conditions d’accès aux soins. Parce que les médecins n’imaginent pas qu’un homme trans puisse se rendre chez un·e gynécologue pour réaliser un frottis dans le cadre d’un dépistage du cancer du col de l’utérus. Ni qu’une femme trans ait besoin de passer des examens pour sa prostate. « Il

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Société Santé
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