Au Mexique : « Un pillage maquillé en projet de développement »

Contredisant le discours du président de gauche López Obrador, la situation des peuples autochtones s’est encore dégradée sous la pression accrue de méga projets destructeurs, dénonce Marichuy. Mais une dynamique s’est enclenchée autour du mouvement indigène.

Patrick Piro  • 10 novembre 2021 abonné·es
Au Mexique : « Un pillage maquillé en projet de développement »
Le président mexicain López Obrador participe, le 20 juin 2019 à Tapachula, au Chiapas, au programme de plantation d’arbres Sembrando vida, dénoncé comme « assistancialiste » et générateur de conflits.
© ALFREDO ESTRELLA / AFP

María de Jesús Patricio Martínez (Marichuy), du peuple Nahua, fait partie de la délégation des peuples autochtones du Mexique en tournée européenne depuis l’été dernier, à l’initiative des communautés zapatistes du Chiapas, dont l’expérience radicale de transformation sociale et politique est une référence pour une grande partie la gauche occidentale. Après le débarquement en Espagne d’une avant-garde de sept personnes, en juin dernier, ce sont près de 200 représentant·es qui les ont rejointes cet automne pour mener une campagne « pour la vie » anticapitaliste, féministe et écologiste à la teneur radicale (1). Nous avons rencontré Marichuy lors du passage d’une partie de cette délégation à Paris.

Le Conseil national indigène (CNI) mexicain vous avait désignée pour concourir à la présidentielle de 2018, première femme autochtone engagée dans une telle démarche. Il s’était pourtant jusque-là refusé à participer au jeu politique institutionnel. Quel a été le moteur de cette décision ?

Marichuy : En 2016, à l’occasion des 30 ans du CNI et conjointement avec les camarades zapatistes du Chiapas, nous nous sommes dit qu’il fallait prendre des initiatives nouvelles parce que la situation continuait d’empirer pour nous. Et que nous ne voyions aucune perspective d’amélioration si nous ne trouvions pas les moyens d’attirer le regard sur la situation des communautés indigènes. Parce qu’à écouter les médias, on aurait pu croire que tout allait bien mieux pour nos

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