Commerce : L’OMC joue sa survie, au bluff

L’Organisation mondiale du commerce sort du chapeau un « accord plurilatéral » sur la libéralisation des services, signé le 2 décembre par 67 pays.

Politis  • 8 décembre 2021
Partager :
Commerce : L’OMC joue sa survie, au bluff
© Fabrice COFFRINI / AFP

On la croyait morte, incapable depuis une quinzaine d’années de dégager un consensus entre ses 164 membres sur le train de libéralisation de l’économie mondiale. Voilà que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sort du chapeau un « accord plurilatéral » sur la libéralisation des services, signé le 2 décembre par 67 pays représentant 90 % du commerce mondial de service. Il était négocié depuis quatre ans et l’échec des négociations sur le fameux « Tisa ».

Coup de théâtre ou coup de bluff ? L’organisation a abondamment communiqué, car elle joue sa survie alors que sa périlleuse réunion ministérielle vient d’être annulée, officiellement à cause de la 5e vague de covid. Mais le « papier de référence » qui vient d’être signé ne peut pas encore être qualifié d’accord de l’OMC, tant qu’il ne sera pas passé par l’épreuve de vérité de la séance plénière, qui n’avait pas donné de mandat à cette négociation. « Ils essaient de sauver la face, de montrer que l’OMC sert encore à quelque chose et de faire passer par la fenêtre ce qu’ils n’ont pas réussi à faire adopter par la porte », décrypte Amélie Canonne, juriste en droit international. Une bataille légale et politique s’engage donc sur le statut de cet accord.

Sur le fond, les pays signataires s’engagent à harmoniser leurs réglementations pour faciliter l’implantation de multinationales des services sur leur sol, dans les marchés relevant déjà des accords de libéralisation. Sous couvert de lutter contre « la paperasse », selon la commissaire européenne au Commerce, les efforts doivent rendre plus simple et moins coûteuse l’homologation d’entreprises étrangères de services, dans les domaines des transports, de la finance ou encore des communications. « Ce type d’initiative permet de pousser la dynamique de déréglementation, alerte Amélie Canonne. Les retours en arrière deviennent toujours un peu plus compliqués pour les gouvernements nationaux. »

Économie
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« L’expression “ferme France” perpétue un imaginaire paysan bleu-blanc-rouge »
Entretien 20 février 2026 abonné·es

« L’expression “ferme France” perpétue un imaginaire paysan bleu-blanc-rouge »

L’historien Anthony Hamon décrit l’évolution des syndicats agricoles en France, et la façon dont la politique française vante les mérites d’un monde agricole unifié qui occulte ses disparités sociales.
Par Vanina Delmas
Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?
Reportage 19 février 2026

Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?

Certaines collectivités tentent de se réapproprier la politique agricole à l’échelle communale. Pour lutter contre la disparition des petites fermes, et favoriser une alimentation bio et locale.
Par Vanina Delmas
La révolution sera paysanne
Reportage 18 février 2026 abonné·es

La révolution sera paysanne

Face à la numérisation qui renforce toujours plus la dépendance des agriculteurs et agricultrices à l’industrie et aux banques, la coopérative L’Atelier Paysan propose des formations pour fabriquer des machines et outils low-tech. Et forger sa culture politique.  
Par Vanina Delmas
Derrière la « ferme France »,  la volonté d’asphyxier la paysannerie
Décryptage 18 février 2026 abonné·es

Derrière la « ferme France »,  la volonté d’asphyxier la paysannerie

Alors que la « ferme France » à tendance industrielle du président Macron irrigue les discours du gouvernement dès qu’il faut reconquérir le cœur des agriculteurs et agricultrices, nombreux sont celles et ceux qui s’en sentent exclu·es, qui pratiquent et défendent la paysannerie, pourtant solution d’avenir.
Par Vanina Delmas