Commission Sauvé : et maintenant ?

Après la remise publique du rapport sur les abus sexuels dans l’Église catholique, l’institution peine à affronter ses crimes et à engager la réforme en profondeur qui s’impose.

Jean-Claude Renard  • 5 janvier 2022 abonné·es
Commission Sauvé : et maintenant ?
Des membres de l’association De la parole aux actes accrochent un ruban mauve sur la façade du siège de la Conférence des évêques de France, le 6 novembre 2021.
© Michel Stoupak / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Voilà trois ans, l’Église catholique française était largement secouée par l’affaire du père Preynat, accusé de viols récurrents par de jeunes scouts, et par celle du cardinal Barbarin, accusé de non--dénonciation de ces crimes sexuels dans son diocèse. Le procès avait permis de dresser un sombre tableau de cette institution au sein de laquelle la hiérarchie a longtemps pratiqué le mensonge par omission tout en déplaçant discrètement des coupables, leur permettant ainsi de récidiver impunément.

En 2022, c’est le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) qui encombre cette rentrée. Présidée par Jean-Marc Sauvé (haut fonctionnaire de la République, ancien vice-président du Conseil d’État), constituée à la demande de la Conférence des évêques de France (CEF) et de la Conférence des religieux et religieuses de France, la Ciase a rendu son rapport en octobre 2021. Cette somme est longue de 2 500 pages, dont… 2 015 d’annexes.

Sans receler de surprise sur le fond, sa lecture reste ahurissante. Pour l’ensemble de la période étudiée, entre 1950 et 2020, « les personnes victimes de violences sexuelles commises par des clercs, religieux et religieuses catholiques représentent 4 % du total des victimes de violences sexuelles, a commenté Jean-Marc Sauvé dans le quotidien La Croix. C’est peu en apparence, mais les valeurs absolues, telles qu’on peut les estimer, sont effarantes : cela représente environ 216 000 personnes ». Jusqu’à 330 000 si l’on tient compte des milieux laïcs gravitant autour de l’Église. Il s’agit d’un crime de masse.

Ce constat posé, comment transformer l’Église ? Du côté de Rome, cette interrogation est problématique. Le Vatican peine encore à valider les conclusions de la commission Sauvé pour la France. Le pape François a d’abord

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

Au-delà du cas Bruel, les rouages d’un système
Analyse 26 juin 2026 abonné·es

Au-delà du cas Bruel, les rouages d’un système

L’affaire touchant le chanteur rappelle une évidence trop souvent oubliée : les violences prospèrent rarement seules. Elles s’inscrivent dans des structures qui les tolèrent, les couvrent ou les encouragent. Comment l’industrie musicale produit des monstres.
Par Lise Lacombe
Meurtre de Nahel : le combat des mots
Médias 24 juin 2026 abonné·es

Meurtre de Nahel : le combat des mots

Dès les premières heures après la mort de Nahel, les mots des médias grand public ont déshumanisé le jeune homme. L’éventualité d’un retour du terme « meurtre » dans le débat public, avant le procès du policier, autorise la perspective d’un autre regard sur « l’affaire Nahel ».
Par Ramdan Bezine
« Avec le drame de Nahel, la jeunesse a compris qu’il fallait lutter pour se faire entendre »
Entretien 24 juin 2026 abonné·es

« Avec le drame de Nahel, la jeunesse a compris qu’il fallait lutter pour se faire entendre »

Nemetodorum est une pièce de théâtre documentaire créée par Nicolas Sene, avec comme point de départ la mort de Nahel Merzouk le 27 juin 2023. Le cinéaste, artiste et acteur de terrain dans la ville des Hauts-de-Seine cherche à inscrire dans le champ culturel la mémoire de ce drame.
Par Kamélia Ouaïssa
« Sans nous, il y aurait eu un autre drame »
Reportage 24 juin 2026 abonné·es

« Sans nous, il y aurait eu un autre drame »

Trois ans après les révoltes consécutives au meurtre de Nahel Merzouk, les mères du quartier du Moulin Neuf, à Stains, reviennent sur les raisons qui les ont poussées, ce soir-là, à occuper la rue.
Par Kamélia Ouaïssa