Roj, une prison à ciel ouvert

Des dizaines de Françaises, arrêtées début 2019, restent détenues dans ce camp du nord-est de la Syrie, avec 250 enfants.

Céline Martelet  • 24 août 2022 abonné·es
Roj, une prison à ciel ouvert
© Photos : Bernard Jallet.

Elle marche lentement, comme perdue entre les tentes de ce camp de Roj qu’elle connaît pourtant par cœur. Inès (1), 14 ans, ne sait plus où aller depuis que sa copine Sofia a été rapatriée par la France au début du mois de juillet. Les deux adolescentes, survivantes de l’enfer de Daech, passaient leurs journées ensemble mais, le 4 juillet, Sofia, 17 ans, a eu le droit de monter dans un van, direction l’Irak pour prendre un vol pour Paris avec ses trois petits frères. Inès, elle, n’a pas eu cette chance. Les deux jeunes Françaises ont pourtant la même histoire : leurs mères ont été tuées début 2019 dans le dernier bastion de l’organisation État islamique à Baghouz (2), en Syrie. « Quand ils sont venus chercher Sofia, les Français qui étaient là m’ont dit : “On va revenir dans quelques jours.” Mais ils ne sont pas revenus, raconte Inès. J’ai pleuré pendant deux jours après leur départ. »

Toute la journée, l’adolescente reste dans une tente. Elle attend. « Quand je vois des gens nouveaux arriver en voiture dans le camp, je me dis qu’ils viennent nous chercher. Mais non », soupire l’adolescente. Elle s’est habituée au pire : vivre dans l’incertitude. Elle finit par lâcher : « Moi, je me dis que c’est mort, personne ne va venir pour nous ramener en France. Ils vont me laisser là. » Au bord des larmes, elle se reprend immédiatement, comme pour s’interdire toute émotion. Inès souffre d’un bras, mais elle n’a pas accès à un médecin. Sa main est paralysée à cause d’une balle venue se loger dans son dos. « Elle est rentrée par-derrière et elle est sortie par là, devant », détaille l’adolescente en minant l’impact du projectile. 

Assise au fond de la tente, une autre jeune fille reste immobile, enveloppée dans une longue robe noire qui lui couvre tout le corps. Le regard vide, la tête posée sur ses mains, elle ne prononce pas un mot. Zahra, la sœur aînée d’Inès, ne parle quasiment plus depuis la mort de ses deux frères et de sa mère lors de la bataille de Baghouz. Abandonnée dans ce camp-prison, sans soutien psychologique, elle est incapable de verbaliser cette blessure invisible qui la

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