« Ceux de la nuit » de Sarah Leonor : les fantômes des montagnes
La réalisatrice capte magistralement le col de Montgenèvre, où les skieurs présents le jour ignorent l’existence nocturne des exilés traqués
dans l’hebdo N° 1740 Acheter ce numéro

© Sarah leonor / Les films de l’Atelante.
À Montgenèvre, commune des Hautes-Alpes sur la frontière franco-italienne, tout se mêle : la beauté des paysages mais aussi leur âpreté, les vacanciers sur les pistes de ski le jour et le passage la nuit des exilés cherchant à rejoindre Briançon. À partir de ces lieux, Sarah Leonor signe un film magistral, Ceux de la nuit, qui lie tous ces éléments et donne sens à ce qui pourrait n’être qu’une succession de plans hétérogènes.
Ne désirant pas filmer les exilés, notamment pour ne pas risquer d’aider à les repérer, Sarah Leonor fait de cette région de hautes montagnes un territoire hanté. Hanté par des silhouettes furtives. La cinéaste filme des traces. Elle tourne à l’aurore ou entre chien et loup, adoptant ainsi le point de vue des exilés quand ils se mettent en marche : la nature s’assombrit, devient plus dangereuse, hostile.
La mort peut être au rendez-vous. Celle de Blessing Matthew, par exemple, une Nigériane de 20 ans retrouvée noyée dans la Durance, que raconte la narratrice, à laquelle Françoise Lebrun prête sa voix. Même sa tombe,
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