Habiter le monde autrement

Trois ouvrages mêlant exemples concrets et réflexion anthropologique nous invitent à un pas de côté pour s’engager dans de nouvelles voies de cohabitation entre humains et non-humains.

Vanina Delmas  • 4 janvier 2023 abonné·es
Habiter le monde autrement
© JORGE BERNAL / AFP

Les livres interrogeant notre rapport au vivant, nos tentatives de se reconnecter au monde sauvage, pullulent ces derniers temps dans les rayons des librairies. Trois récents ouvrages ouvrent de nouveaux horizons de pensées et de luttes pour les esprits occidentaux, souvent étriqués, face aux crises écologiques et économiques en cours.

Dans Ethnographies des mondes à venir (1), Philippe Descola, grand anthropologue et professeur au Collège de France, dialogue avec Alessandro Pignocchi, chercheur en sciences cognitives, pour esquisser les contours d’une société émancipée du dualisme nature/culture qui façonne pourtant encore la pensée occidentale.

Au fil des années, tous deux ont observé, rencontré, expérimenté d’autres visions du monde, que ce soit dans la forêt amazonienne auprès du peuple achuar et des Jivaros achuar, ou à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Un bagage théorique en sciences sociales allié à une expérience du terrain qui promeut une discussion de haute volée sur la politisation de l’anthropologie de la nature, critiquant vertement la suprématie de la sphère économique ou encore les modes d’organisation des relations entre humains et non-humains.

Pour les deux chercheurs, « l’anthropologie et l’histoire nous apportent la preuve que d’autres voies sont possibles pour régler nos vies que celles qui nous sont familières en Occident puisque certaines d’entre elles ont été explorées et mises en pratique ailleurs ». Les intermèdes – dessinés – d’Alessandro Pignocchi permettent aussi au lecteur de faire des pauses pleines d’humour caustique et d’absurde.

Habiter les territoires

On retrouve là les thèmes phares du bédéiste écolo : des ministres français en pleine transition paysanne, un Emmanuel Macron bifurquant jusqu’à vouloir ressentir les mêmes choses qu’une chouette chevêche, sans oublier ses célèbres mésanges anarcho-punks prêtes à en découdre ! Pour nos deux penseurs, il est évident que « l’avenir n’est pas un prolongement automatique de l’actuel, mais qu’il est ouvert à tous les possibles pour peu que nous sachions les imaginer ».

Pour ouvrir encore davantage nos imaginaires, l’enquête menée par Sophie Gosselin et David gé Bartoli constitue une matière première précieuse. Dans La Condition terrestre (2), ils décortiquent les mécanismes d’institutions, de formes démocratiques et d’usages mettant la cohabitation, voire la coappartenance des humains et non-humains, au cœur des façons d’habiter les territoires.

Nous explorons ici la résistance zapatiste au Chiapas mexicain, les liens des

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 6 minutes

Pour aller plus loin…

Aux États-Unis, le règne des technofascistes
Essais 12 février 2026 abonné·es

Aux États-Unis, le règne des technofascistes

La réélection de Donald Trump rend tangible l’objectif de certaines élites de la Silicon Valley : se débarrasser des démocraties libérales occidentales et prendre le contrôle sur les États-nations. Deux ouvrages analysent ce phénomène déjà en cours.
Par Thomas Lefèvre
Thomas Lacoste : « Créer un pare-feu autour de ceux qu’on a érigés en “écoterroristes” »
Entretien 10 février 2026 abonné·es

Thomas Lacoste : « Créer un pare-feu autour de ceux qu’on a érigés en “écoterroristes” »

Dans un film d’entretiens passionnant, le réalisateur de Soulèvements dresse le portrait choral du mouvement des Soulèvements de la terre. Il met ainsi en lumière la personnalité et la pensée de ces militants qui luttent pour la défense de nos communs.
Par Vanina Delmas et Christophe Kantcheff
La pollution, un impensé colonialiste
Analyse 6 février 2026 abonné·es

La pollution, un impensé colonialiste

Chlordécone aux Antilles, pénuries d’eau à Mayotte, aires d’accueil de gens du voyage contaminées, quartiers populaires asphyxiés… Les populations racisées paient le prix fort d’un racisme environnemental que l’écologie dominante peine encore à nommer.
Par Thomas Lefèvre
L’égoïsme, stratégie de survie dans le néolibéralisme triomphant
Essai 4 février 2026 abonné·es

L’égoïsme, stratégie de survie dans le néolibéralisme triomphant

Le sociologue Camille Peugny met en lumière une droitisation socio-économique de la France. Avec le rejet de l’État-providence et l’individualisation des parcours, le chacun-pour-soi s’impose progressivement
Par François Rulier