Comment Pétain dépouillait des juifs français

L’extrême droite s’efforce d’imposer une vision mensongère du régime de Vichy. L’historien Jean Laloum lui apporte un démenti cinglant en analysant la persécution des juifs en Algérie française pétainiste. 

François Rulier  • 20 septembre 2023 abonné·es
Comment Pétain dépouillait des juifs français
Des ordres de vente de titres ayant appartenu à des juifs spoliés pendant la guerre.
© PATRICK KOVARIK / AFP

Lutter « contre l’oubli, les déformations de l’histoire et l’altération de la mémoire » est l’un des objectifs du décret du 2 octobre 1997 visant à faciliter l’accès aux archives publiques de 1940-1945 pour les chercheurs. Hier, l’histoire de la Seconde Guerre mondiale affrontait le négationnisme, désormais puni par la loi. Aujourd’hui, la défense du gouvernement de Vichy par certains polémistes d’extrême droite a pris le relais de cette œuvre de déformation historique : Pétain aurait donc « sauvé » des juifs français, entend-on sur les plateaux. Que les historiens prouvent le contraire ! fanfaronnent les falsificateurs.

Les recherches universitaires n’ont pourtant pas attendu ces rodomontades pour décrire l’institutionnalisation de l’antisémitisme par l’État français, et des travaux continuent d’être publiés sur cette période. Dans Dépouiller en toute légalité. L’aryanisation économique des biens juifs en Algérie par le régime de Vichy (1941-1942), l’historien Jean Laloum présente ainsi le processus de spoliation des biens appartenant aux juifs d’Algérie durant la guerre. Quand le régime de Vichy administrait la colonie française – sans aucune occupation des troupes nazies sur place.

L’auteur rappelle d’abord que la France avait octroyé la citoyenneté française aux juifs d’Algérie en 1870 par le décret Crémieux. Dès le 7 octobre 1940 – soit trois jours seulement après la promulgation en métropole du nouveau « statut des juifs », durci de la main même de Pétain –, Vichy abroge ce décret et rejette les 110 000 juifs d’Algérie hors de la communauté nationale. Afin de lutter contre « toute influence juive », le gouvernement impose aux juifs un statut propre les excluant de nombreuses professions publiques, juridiques, universitaires ou imposant des numerus clausus. Ne restent que les fonctions d’exécution. Il n’oublie pas non plus d’abroger, dès août 1940, les décrets-lois Marchandeau sanctionnant les délits d’injure et de diffamation raciale par voie de presse.

Surtout, le « statut des juifs » comprend des dispositions visant l’« aryanisation économique », autrement dit l’expropriation des biens juifs. De décembre 1941 à octobre 1942, 2 900 « administrateurs provisoires » sont nommés en ­Algérie, parmi des « volontaires » qui espèrent bien profiter de la situation pour accaparer ces biens. Les craintes de l’administration locale sur la désorganisation de la production et la paupérisation de la population indigène

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