Les batailles de l’arbre bourgeonnent en France

Partout dans le pays, des collectifs se créent pour défendre platanes ou marronniers en milieu urbain, toujours menacés par des projets d’aménagement du territoire déconnectés des enjeux climatiques.

Vanina Delmas  • 27 septembre 2023 abonné·es
Les batailles de l’arbre bourgeonnent en France
Dans la forêt du Pignada à Anglet, incendiée durant l’été 2020, la municipalité a proposé aux citoyens de participer en novembre 2022 à la plantation de 60 000 arbres de différentes essences (pin maritime, chêne) choisies pour leurs propriétés écologiques.
© Valentino BELLONI / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

Dimanche 24 septembre, au petit jour, la police et les pompiers ont évacué Thomas Brail du platane, face au ministère de la Transition écologique, dans lequel il était perché depuis dix jours. Le visage émacié et les traits tirés, l’arboriste grimpeur a annoncé renoncer à sa grève de la soif, mais poursuit la grève de la faim qu’il a commencée le 1er septembre, pour protester contre le projet d’autoroute A69 entre Castres et Toulouse, qui nécessitera l’abattage de centaines d’arbres. Treize autres personnes mènent également une grève de la faim. Une radicalité forestière peu commune en France, mais qui fait partie de l’histoire des luttes écologistes à travers le monde.

En 1969, des activistes ont grimpé dans les cyprès et les chênes d’Austin, au Texas, pour empêcher leur abattage et par conséquent le chantier de l’extension du stade qui aurait pollué la rivière locale. En Inde, des villageoises de la région du Garhwal ont décidé d’enlacer les arbres pour s’opposer à l’exploitation de leurs forêts dans les années 1970, créant le mouvement Chipko. En France, des peintres de Barbizon et des écrivains – Théodore Rousseau et George Sand en tête – ont mené une fronde au XIXe siècle contre l’abattage d’arbres centenaires de la forêt de Fontainebleau pour les remplacer par des pins. Leur fait d’armes a tout de la désobéissance civile aujourd’hui réprimée : la nuit, les artistes s’enfonçaient dans la forêt qu’ils peignaient la journée pour arracher les jeunes pieds de pins plantés. Plus récemment, des activistes antinucléaires opposés au centre d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure, dans la Meuse, ont plusieurs fois occupé le bois Lejuc avec des plateformes et des cabanes perchées.

Engouement citoyen et montée en compétences

La magnificence des forêts et tout l’imaginaire qui les entoure nourrissent l’envie de les protéger. Mais, depuis quelque temps, des mouvements spontanés émergent dans des villes moyennes, des métropoles, des zones périurbaines pour défendre aussi bien un arbre centenaire au milieu de la place du village qu’un alignement de platanes au bord d’une route. David Happe (1), technicien forestier devenu expert arboricole indépendant, constate cet engouement citoyen sur le terrain, sur les réseaux sociaux et dans les quotidiens régionaux qui relayent les luttes.

« Il y a de plus en plus de mobilisations, mais aussi une montée en compétence de ces personnes qui s’informent beaucoup via des livres, des Mooc comme celui de l’Inrae, qui compte plus de

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