Une France des « écorégions » : le rêve insoumis d’une décentralisation verte

Le quadruple candidat à la présidentielle réfléchit à l’une des premières grandes réformes qu’il mènera s’il accède à l’Élysée : redessiner la France en douze grandes régions entièrement pensées pour la planification écologique.

Lucas Sarafian  • 3 juillet 2026 libéré
Une France des « écorégions » : le rêve insoumis d’une décentralisation verte
Jean-Luc Mélenchon lors du vote officiel sur le projet de loi de réforme constitutionnelle visant à accorder une « autonomie » sans précédent à la Corse, à l'Assemblée nationale, à Paris, le 23 juin 2026.
© Alain JOCARD / AFP

Les cerveaux mélenchonistes le promettaient : ils porteront de nouveaux mots, de nouvelles propositions. Et la boîte à idées de Jean-Luc Mélenchon cache toujours quelques surprises. La première de sa quatrième campagne présidentielle ? De nouvelles régions. Dans l’esprit de l’insoumis, il s’agit d’une petite révolution. « Les régions seront entièrement restructurées autour des grands bassins-versants, des fleuves. Elles formeront la première ligne d’alerte, de propositions et de mises en œuvre de la planification écologique », promet-il le 7 juin, lors de son meeting de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Ces quelques phrases peuvent paraître anodines. Elles ne le sont pas.

Jean-Luc Mélenchon veut redessiner la France. Au milieu du déni climatique généralisé, l’ancien sénateur socialiste souhaite réorganiser l’État. De fond en comble. Il veut découper la France en « écorégions », à partir des bassins-versants. Son projet reviendrait à fractionner le pays en douze grandes régions correspondant aux six grands fleuves qui traversent l’Hexagone. « Les reliefs, la géographie sont fondatrices de cultures locales, de manières de vivre ou de s’organiser depuis toujours », dit l’ancien ministre de Lionel Jospin, le 2 juillet lors d’une conférence de presse consacrée au sujet.

L’impératif écologique n’est plus négociable, il ne peut plus être reporté.

J-L. Mélenchon

Pour tracer les contours de ces nouvelles régions, les cerveaux de cette idée devront, pour dessiner la nouvelle carte de la France, prendre en compte les « réalités culturelles » et les « paramètres physiques » liés à l’eau, aux forêts, aux montagnes ou aux régions côtières. Dans la droite lignée de la philosophie biorégionaliste, cette doctrine qui prône une certaine harmonie entre l’environnement et la culture humaine. À la manœuvre, les députés Claire Lejeune et Gabriel Amard. Les deux mènent actuellement des auditions. Une fois les arbitrages tranchés, les détails de cette mesure seront présentés dans la réactualisation de leur programme publiée à la rentrée.

La question de l’eau, primordiale

Sur le fond, cette idée permet de repenser radicalement l’organisation administrative française. Car, selon les insoumis, les régions sont dépassées. Loin des exigences écologiques du siècle. « En 2015, monsieur Hollande a créé 13 régions pour faire plaisir à la Commission européenne qui exigeait des économies, pique Jean-Luc Mélenchon. Les 13 régions actuelles n’ont aucun sens. La plupart d’entre nous le savent. Et, surtout, elles sont bâties sur un modèle de l’ancien monde. Ce modèle, c’est la compétitivité des territoires dans la compétition européenne, les aides aux entreprises et tout le charabia habituel du néolibéralisme. »

Dans l’esprit du candidat, ces nouvelles régions seront la « première ligne d’alerte, la première ligne de mise en œuvre et la première ligne de propositions » sur les questions d’eau, elles devront être responsables de la qualité et de la sauvegarde de la terre, de l’air et des forêts.

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Si les régions ont déjà des marges de manœuvre sur le champ écologique, puisqu’elles s’occupent des zones Natura 2000, des mobilités et de l’économie circulaire, elles devraient être entièrement construites pour la bifurcation écologique. Et leurs moyens financiers seraient amplement consacrés à ces questions. « Il faut impérativement changer de rythme et de méthode. L’impératif écologique n’est plus négociable, il ne peut plus être reporté », charge Jean-Luc Mélenchon. En interne, les missions de ces nouvelles régions n’ont pas totalement été tranchées. Tout comme la cartographie finale du pays ainsi que le chiffrage complet de ce grand projet.

En 2022, les insoumis insistaient surtout sur l’inscription de la règle verte dans la Constitution et le concept de planification écologique. Ils avaient aussi tenté d’imposer la question de l’eau dans le débat durant la campagne. « Le débat national a pris du retard à percevoir que la question de l’eau deviendrait la question numéro un posée dans la civilisation humaine », estime Mélenchon. Aujourd’hui, les insoumis ajoutent une pierre de plus à leur logiciel écolo. « On complète ce tableau qui vise à ce que l’écologie soit au cœur de toutes les décisions politiques, et y compris dans l’organisation administrative du pays », souligne Manuel Bompard, coordinateur du mouvement.

Écorégion ou biorégion ?

Politiquement, les mélenchonistes lient leur nouvelle organisation à leur rêve de sixième République. « La sixième République est une révolution démocratique et sociale. Mais c’est aussi une transformation écologique profonde », annonce Claire Lejeune, par ailleurs autrice d’une thèse intitulée « La planification face aux crises : généalogie critique d’une gouvernementalité moderne », sous la direction du philosophe de l’environnement Pierre Charbonnier.

Les régions, ce n’est pas que de la géographie, c’est de l’histoire. 

D. Cormand

Une idée nouvelle dans le débat politique ? Certainement. Mais elle est loin d’être révolutionnaire dans le petit milieu scientifique. Les insoumis disent d’ailleurs s’appuyer sur les travaux de spécialistes, comme l’architecte Mathias Rollot, les hydrologues Charlène Descollonges et Emma Haziza, ou l’urbaniste Sabine Barles. Sans être égoïstes, les insoumis espèrent que les autres formations s’emparent de leur idée. En premier lieu, les écologistes. « Nous aurions besoin de l’appui des écologistes pour cette idée », lance Jean-Luc Mélenchon. Ainsi, les insoumis imaginent peut-être peaufiner leur proposition en lien avec le parti de Marine Tondelier, qu’ils espèrent encore rallier à leur campagne présidentielle.

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Mais les intéressés ont encore quelques réserves. L’eurodéputé et ancien patron des Verts, David Cormand, trouve le concept d’écorégion intéressant mais très imprécis. « Je comprends le geste politique, le gadget, la posture, mais il y a un sujet, grince-t-il. Baser de nouvelles régions en prenant en compte uniquement une donnée géographique, en l’occurrence les bassins-versants, est problématique. Car les régions, ce n’est pas que de la géographie, c’est de l’histoire et de la géographie. »

L’écolo émet donc quelques doutes sur « l’idée de faire des bassins-versants l’alpha et l’oméga de la construction du territoire ». Lui préfère plutôt l’idée de biorégion, concept sur lequel les Verts ont fait campagne lors des régionales de 2015. Et il estime que la proposition insoumise est une « négation » du régionalisme ou du fédéralisme : « Imposer un découpage, une vision du territoire, nie ce qui subsiste encore des entités régionales. »

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Que deviendrait alors le Pays basque, la Normandie ou l’Île-de-France ? « Cette idée réduit la vision de l’écologie uniquement à un aspect « scientifique », en l’occurrence géographique. Mais l’écologie politique est aussi politique. Donc elle est aussi chargée d’un sens historique, culturel. Ce n’est pas un hasard si, depuis leur origine, les Écologistes sont régionalistes.» Selon David Cormand, la proposition insoumise devrait aborder frontalement la question des compétences, de l’autonomie fiscale de ces nouvelles régions, ainsi que de l’augmentation des moyens des agences de l’eau. Un dernier point sérieusement envisagé par les huiles insoumises. Mais cette idée de réforme est toujours en cours d’élaboration.

Ce qui n’empêche pas les insoumis d’assurer que leur projet sera porté dès leurs premiers mois à l’Élysée. Grandes ambitions. Manuel Bompard l’assume : « Ça doit faire partie des décisions qui sont prises immédiatement. » Ils ne perdront pas de temps.

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