Le Pen, casse-toi, les FTP-MOI ne sont pas à toi !

En annonçant vouloir se rendre à la cérémonie de panthéonisation de Mélinée et Missak Manouchian, Marine Le Pen entache la mémoire des combattants et combattantes du nazisme.

Pierre Jequier-Zalc  • 20 février 2024
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Le Pen, casse-toi, les FTP-MOI ne sont pas à toi !
Le Panthéon, à Paris, où seront transférés ce 21 février 2024 Mélinée et Missak Manouchian, résistants FTP-MOI.
© MIGUEL MEDINA / AFP

L’indécence aurait-elle une limite ? Rien n’est moins sûr. À la veille de l’entrée au Panthéon de Missak et Mélinée Manouchian, accompagnés, dans nos pensées, par leurs frères et sœurs de combats, résistants étrangers, apatrides, juifs, internationalistes, communistes, révolutionnaires qui n’ont pas hésité à combattre le fascisme le plus dur, au péril de leur vie, la plus crasseuse immondice dévoile son visage : celui de Marine Le Pen.

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80 ans jour pour jour après la mise à mort par les nazis de Missak Manouchian et de 22 combattants FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans – Main-d’œuvre immigrée), sa femme Mélinée – également résistante – et lui devaient faire leur entrée au Panthéon « sans aucune haine ». Et cela, malgré les questionnements que posent ces transferts.

« Ensevelir Manouchian et Mélinée dans la crypte du Panthéon, c’est un incroyable contresens et une double trahison », écrivent, par exemple, dans un communiqué, les Amis de Maurice Rajsfus, « parce que ce cirque mémoriel voulu par Emmanuel Macron alimente avant toute chose des fantasmes cocardiers et une récupération de type chauvine à laquelle les intéressé.es ne sont pas en mesure de s’opposer. Parce que cette cérémonie médiatique de récupération est organisée par ceux-là mêmes qui empilent, depuis des années, les lois les plus liberticides et les lois racistes. […] Cette politique délétère et funeste est aux antipodes des combats internationalistes et antifascistes de Missak Manouchian et de ses camarades de combat. »

La présidente du groupe parlementaire du RN est venue mettre sur l’événement sa main grasse de politicailleries de bas étage.

Malgré ces réticences, cette entrée dans la crypte des « grands hommes » a aussi été saluée comme un moyen de transmission d’une histoire qu’il ne faut pas oublier. Et de reconnaissance de leurs combats pour un pays qui n’était, sur le papier, pas le leur. Pour des valeurs de solidarité, de fraternité, d’humanisme auxquelles ils ont tout donné. Jusqu’à leur vie.

Ce devait donc être un moment d’histoire, empli de solennité. Mais voilà que la présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national (RN) est venue mettre sur l’événement sa main grasse de politicailleries de bas étage. « Malgré les propos outrageants du président de la République, Marine Le Pen se rendra à la cérémonie d’hommage solennel de la nation », a annoncé son entourage, le lendemain des déclarations d’Emmanuel Macron, dans L’Humanité, affirmant que « les forces d’extrême droite seraient inspirées de ne pas être présentes, compte tenu de la nature des combats de Manouchian ». Des mots qui – pour une fois – sonnaient juste.

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Malgré tout, dédiabolisée à tour de bras par ce même Emmanuel Macron et ses alliés politiques, Marine Le Pen n’a donc pas été « inspirée ». Car tant qu’on y est, autant rappeler les faits, comme le fait Politis depuis sa création, il y a 36 ans : son parti politique a été créé par des nazis.

Entre autres, Pierre Bousquet, signataire, avec Jean-Marie Le Pen, des statuts du Front national en 1972 et premier trésorier du parti. Surtout, un ancien Waffen-SS pendant la seconde guerre mondiale. Ou Léon Gaultier, cofondateur du FN, créateur de la Milice française, qui, justement, traquait ceux du groupe Manouchian. Des juifs, des résistants, des communistes, des réfractaires au service du travail obligatoire. Ou, encore, Roland Gaucher, également cofondateur du parti dont est issue Marine Le Pen, qui, un an après l’exécution des 23 FTP-MOI, demandait au régime de Vichy de « dresser des listes d’otages et des poteaux d’exécution » à un rythme plus soutenu. Il fut même, dans les années 1980, député européen pour le Front national. Et la liste est très loin d’être exhaustive.

Même dédiabolisé, on ne se refait pas. Facho un jour, facho toujours.

L’histoire ne s’efface pas. Avoir plateau ouvert sur les chaînes d’information en continu ou la tolérance par la droite bourgeoise de participer à des manifestations contre l’antisémitisme, n’y change rien. En témoigne, par exemple, cette enquête de Libération parue ce mardi matin, dressant les « faits d’armes » de nombreux représentants locaux actuels du Rassemblement national. Islamophobie compulsive, complotisme assumé et nostalgie du régime de Vichy. Même dédiabolisé, on ne se refait pas. Facho un jour, facho toujours.

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Comment donc, avec un tel bagage, peut-on oser s’afficher à la cérémonie de panthéonisation de militants antifascistes, étrangers, communistes ? Mme Le Pen, Missak Manouchian et ses camarades ont été condamnés à mort parce qu’ils traquaient vos ancêtres de pensée. Parce qu’ils combattaient corps et âme le régime oppressif mis en place et défendu par ceux qui ont créé votre parti politique. Parce qu’ils partageaient un idéal de fraternité entre les peuples que vous rejetez, en défendant la préférence nationale et la répression à tout-va de l’immigration.

La présence des représentants de ce parti serait une insulte à la mémoire de ceux qui ont versé leur sang sur le sol français.

CGT

« Missak, héros de la Résistance, chef militaire des Francs-tireurs et partisans de la main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI), Mélinée, sa femme, commissaire militaire des FTP-MOI, et les 22 autres fusillés au Mont Valérien en 1944 sont le symbole d’une lutte historique contre les idées brunes et rances de l’extrême droite. Pourtant, 80 ans après leur mort, les héritiers de leurs bourreaux seront présents à l’hommage national que leur rend la France », s’insurge, à juste titre, la CGT qui fut, pendant 10 ans (1982-1992), dirigé par Henri Krasucki, frère d’armes des Manouchian.

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Aujourd’hui, celui qu’on surnommait « Mésange », n’est plus là pour assister à l’insulte qui est faite à leur mémoire. Les seuls qui restent, les descendants de ces héros de la Résistance, sont sortis de leur silence pour s’indigner de la venue de Marine Le Pen au Panthéon ce mercredi 21 février 2024. « À l’heure où le Rassemblement national remet en cause le droit du sol, la présence des représentants de ce parti serait une insulte à la mémoire de ceux qui ont versé leur sang sur le sol français. Nous ne voulons pas participer à la stratégie de dédiabolisation d’un parti xénophobe et raciste. Missak Manouchian et ses camarades ne l’auraient pas supporté », écrivent ainsi les familles de Celestino Alfonso, Joseph Epstein, Marcel Rajman et Wolf Wajsbrot, dans un billet de blog sur Mediapart.

« Ils ne l’auraient pas supporté ». C’est certain. « Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement », écrivait Missak Manouchian, dans une lettre d’adieu, passée à la postérité par sa force et le message qu’elle porte. L’héritière de ceux qu’il combattait n’aura, donc, pas eu cette dignité. Une nouvelle provocation qui, hier, comme demain, alors que Mélinée et Missak entreront au Panthéon, ne nous empêchera pas de le dire, et de le répéter. Le Pen, casse-toi, les FTP-MOI ne sont pas à toi !

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