La Confédération paysanne, au four et au moulin

L’appel à la mobilisation nationale du 18 novembre lancé par la FNSEA contre le traité UE/Mercosur laisse l’impression d’une unité syndicale, qui n’est que de façade. La Confédération paysanne tente de tirer son épingle du jeu, par ses positionnements et ses actions.

Vanina Delmas  • 19 novembre 2024 abonné·es
La Confédération paysanne, au four et au moulin
Action de protestation à l'usine de Lactalis à Retiers, dans l'ouest de la France, le 18 octobre 2024.
© Damien Meyer / AFP

« MERCOSUR : Confédération paysanne, 25 ans de combat contre libre-échange. FNSEA = 25 ans de trahison ! » La bâche noire taguée et déployée devant le McDonald's de Millau, en Aveyron, le 13 novembre dernier, résume à elle seule la colère paysanne contre l’accord de libre-échange qui pourrait être signé prochainement entre l’Union européenne et le Mercosur, cet ensemble de cinq de pays d’Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, Bolivie).

Elle inscrit également cette lutte dans l’histoire de la Confédération paysanne en faisant ressurgir le souvenir du démontage du McDonald’s de Millau en 1999, érigé comme symbole de la mondialisation de la malbouffe.

« Même si ce n’est pas une lutte nouvelle pour nous, le Mercosur est la mère des batailles parce que ce serait le plus gros accord de libre-échange jamais signé par l'Union européenne en termes de volumes et de montants. Et parce que la monnaie d’échange est clairement l’agriculture, détaille Laurence Marandola, porte-parole nationale de la Confédération paysanne. Ce sera destructeur car ce n’est rien d’autre qu’une mise en concurrence accrue en important et exportant des produits agricoles et de l’alimentation sans barrière tarifaire douanière, sans pouvoir assurer que les limites maximales de résidus de pesticides soient les mêmes sur les produits. »

Droite dans ses bottes

La Confédération paysanne reste droite dans ses bottes depuis sa naissance en 1987 : elle refuse tous les traités de libre-échange et met la question du revenu des paysans en priorité.

« Leur ligne de fond est la solidarité avec les paysans du monde entier, en l'occurrence ici d'Amérique latine, et le refus d'un libre-échange favorable aux grandes puissances agro-industrielles, pour des raisons sociales et environnementales. C'est visible dès le début des années 1990, notamment lors d'une manifestation à Genève contre la négociation Gatt [Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, qui deviendra l'Organisation mondiale du commerce, N.D.L.R.], avec des leaders paysans d’Inde, du Japon, du Canada. Cela coïncide avec la naissance de la Via Campesina, et les prémices de l'altermondialisme », raconte Jean-Philippe Martin, agrégé et docteur en histoire spécialiste du syndicalisme agricole.

Nous voulons mettre la FNSEA face à ses contradictions.

M.E. Taillecours

En totale indépendance de l’appel à la mobilisation nationale lancé par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA) pour le 18 novembre, la Confédération paysanne s’est mobilisée dès les 13 et 14 novembre devant le ministère de l’Économie et des Finances à Paris avec le collectif Stop Ceta-Mercosur, et à Bruxelles avec la Coordination européenne Via Campesina. Et répète inlassablement le même message depuis plus de trente ans.

« Nous demandons clairement l'abandon total du traité UE-Mercosur et de tous les traités de libre-échange. Et nous voulons mettre la FNSEA face à ses contradictions sur ce sujet car il faut rappeler que la Copa-Cogeca, le syndicat européen dont elle est membre, a signé tous les autres accords de libre-échange », s'indigne Marie-Eve Taillecours, éleveuse de brebis et co porte-parole de la Confédération paysanne du Morbihan.

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