Avoir voix aux chapitres de l’histoire !

L’historienne Laurence De Cock s’essaie brillamment à un exercice de démocratisation de l’histoire de France, loin du mythique « récit national » ne donnant voix qu’aux vainqueurs et aux puissants, narrant plutôt celle vécue au bas de l’échelle sociale, redonnant la place qui lui revient à cette France populaire.

Olivier Doubre  • 11 décembre 2024 abonné·es
Avoir voix aux chapitres de l’histoire !
Portrait du colonel Jean Cavalier, chef et prophète camisard.
© Leemage / AFP

Qu’est-ce qu’une histoire « populaire » ? En 1980, le grand historien états-unien Howard Zinn publiait l’un de ses maîtres ouvrages : Une histoire populaire des États-Unis (éd. Agone, 2002). Bientôt appelé à en devenir un archétype, le livre s’attache à changer « le point de vue du récit », centré sur les existences de celles et ceux dont a priori « on ne parle jamais » : les peuples autochtones, indigènes, le sous-prolétariat des marges, plus largement les classes laborieuses, mais aussi « les esclaves, les insurgés, les déserteurs, les syndicalistes, les immigrés »… Ceux que Zinn nomme les « sans-voix », leur rendant leur place et leur redonnant parole.

On peut aussi y voir la contestation d’une histoire « officielle » et, dans le cas des États-nations, de celle du « roman national », où l’histoire serait en général écrite par les vainqueurs – comme l’avait déjà noté Walter Benjamin.

Une grande historienne française, Michelle Zancarini-Fournel, a repris sa démarche, dans un ouvrage magnifique, Les Luttes et les rêves. Une histoire populaire de la France, de 1685 à nos jours (1) mettant elle aussi en lumière, sur près d’un millier de pages, l’histoire « des hommes et des femmes des classes populaires ».

Dans le même mouvement, l’historien Gérard Noiriel, spécialiste d’histoire sociale, du monde ouvrier et de l’immigration, entreprit lui aussi un travail similaire (2), mais en ne fixant pas les positions entre dominants et dominés, considérant que l’histoire populaire ne se limite pas à celle des seuls « oubliés de l’histoire officielle ». Dans le sens où « l’on est toujours le ou la dominée de quelqu’un », il se concentrait ainsi sur l’étude des formes de domination à une époque et en un lieu donnés, dans une approche où « le peuple » n’est pas un groupe homogène et fixé, mais au contraire « toujours en mouvement », avec en son sein des divisions et des alliances, évoluant sans cesse au fil de l’histoire.

Dans la lignée des travaux d’Howard Zinn ou de Gérard Noiriel, Laurence De Cock, qui anima dans nos pages plusieurs années durant avec sa collègue Mathilde Larrère l’excellente chronique bimensuelle « L’histoire n’est pas un roman », se propose à son tour de « dépoussiérer le roman national » hexagonal, en revenant sur nombre d’épisodes historiques trop souvent oubliés, voire tus, à l’instar de la grande grève des Penn sardin de Douarnenez il y a tout juste un siècle, de la « guerre des Camisards », ou du mouvement populaire et anticolonialiste guadeloupéen de 1967.

Il s’agit pour elle de revenir sur l’histoire trop souvent « confisquée par les puissants, qui fait disparaître l’essentiel des acteurs du passé », ces trop nombreux absents des récits du roman national et surtout ces bien trop nombreuses absentes.

Mais elle aborde, de manière novatrice, non seulement cette « histoire populaire » de la France, mais s’emploie surtout, dans une volonté vulgarisatrice, à s’adresser à « celles et ceux qui ne sont pas familiarisés avec l’histoire savante ». D’où cette ambition, affichée dès son titre (élégamment) inversé par rapport aux travaux de Zinn, Zancarini-Fournel ou Noiriel, de leur proposer « une » histoire de France

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