Macron : après la censure, l’ombre de la démission
La chute du gouvernement Barnier souligne un blocage structurel et place de nouveau en première ligne le chef de l’État, plus que jamais fragilisé. Au point que la question de son départ anticipé, improbable il y a quelques mois, prend de l’épaisseur.
dans l’hebdo N° 1840 Acheter ce numéro

© Ludovic MARIN / AFP
Un président de la République, en mondovision, seul face à son prompteur. Le ton est condescendant et moraliste. Les annonces, elles, sont inexistantes. Emmanuel Macron n’a, finalement, pas grand-chose à dire. Ni mea culpa ni nouveau gouvernement. Simplement, il veut l’affirmer : non, il ne démissionnera pas. Comme si le dire permettait de balayer l’hypothèse.
Pourtant, c’est bien l’effet inverse que le chef de l’État a obtenu après sa prise de parole jeudi 5 décembre, à la suite de la censure par les parlementaires du gouvernement Barnier. En martelant qu’il s’accrocherait à son pouvoir, il a démontré, plus que jamais, la fragilité de sa situation politique.
« La question de la démission n’est pas encore tout à fait mûre. Emmanuel Macron a encore trente mois de mandat, c’est énorme. Il l’a répété à plusieurs reprises. Pour l’instant, on n’en est pas encore là, mais l’hypothèse est de plus en plus palpable », analyse Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’université de Lille. « Palpable » parce que, depuis quelques jours, elle transcende les différences d’une large partie de la classe politique.
Malgré la composition de l’Assemblée, il y a un blocage. Et ce blocage se trouve à l’Élysée.
P. VannierÀ La France insoumise (LFI), on défend la nécessité de la démission du chef de l’État. Selon les insoumis, convaincus que toute la politique française « part du président », seul le départ du locataire de l’Élysée – provoquant ainsi une présidentielle anticipée à laquelle se prépare Jean-Luc Mélenchon – pourrait sortir la France de la crise politique. « On voit que, malgré la composition de l’Assemblée, il y a un blocage. Et ce blocage se trouve à l’Élysée. À un moment se posera forcément la question de sa démission », estime Paul Vannier, député du Val-d’Oise et chargé des élections au sein de LFI.
Le centre et la droite en parlent aussiDepuis quelques jours, les insoumis constatent avec saveur que l’idée est reprise par des élus de droite et du centre. Le président de la région Normandie, ministre de la Défense sous Nicolas Sarkozy et actuel chef de file des centristes, Hervé Morin, s’est déclaré favorable à la démission d’Emmanuel Macron. Tout comme le maire Les Républicains de Meaux, ministre sous Jacques Chirac, Jean-François Copé.
Une position d’autant plus étonnante qu’il plaidait dès 2022 pour une alliance rapide entre sa formation et la macronie. Charles de Courson, figure du groupe Liot, député centriste depuis plus de trente ans et rapporteur général du budget à l’Assemblée, rejoint également la position insoumise.
Observant que l’idée chemine, les insoumis ont relancé de plus belle leur campagne de communication autour d’une démission d’Emmanuel Macron et pourraient bien défendre à nouveau une procédure de destitution « au moment opportun », selon la députée LFI Danièle Obono. « La diversité politique des personnalités qui réclament [la démission du président] indique qu’il s’agit aujourd’hui d’un scénario politique très concret de sortie de crise », observe Nicolas Roussellier, historien et auteur de La Force de gouverner. Le pouvoir exécutif en France, XIXe-XXIe siècles (Gallimard, 2015).
Cette situation est d’autant plus nouvelle que dans la Ve République, la démission était plutôt un chiffon rouge brandi par le chef de l’État. « Le général de Gaulle avait un maniement constant de la
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
Les oubliés de la République et la cuillère d’argent
La gauche se désembourgeoise à tout petits pas
Derrière les stratégies budgétaires, les gauches à l’ombre de la scission