2025, année à hauts risques politiques
La démocratie française est malade de sa Ve République, le gouvernement de François Bayrou a l’assise parlementaire la plus fragile depuis soixante ans, certaines oppositions rêvent d’une démission d’Emmanuel Macron… La nouvelle année nous réserve certainement quelques surprises.
dans l’hebdo N° 1844 Acheter ce numéro

© MUSTAFA YALCIN / ANADOLU / AFP
À peine nommé, déjà parti ? Voilà peut-être le destin de François Bayrou et de son équipe. Sans accord de non-censure, recyclant de très nombreux ministres macronistes dans son exécutif, échouant à tenir sa promesse d’ouverture aux autres forces politiques, le premier ministre de 73 ans se retrouve dans la même situation précaire que son prédécesseur, Michel Barnier. Mais lui y croit.
« Le premier ministre a dit qu’il y avait un chemin, assure la nouvelle porte-parole du gouvernement, Sophie Primas, en sortie du conseil des ministres le 3 janvier. Le chemin que nous essayons de trouver, au-delà des postures politiques des uns et des autres, c’est d’engager des discussions avec chacun des groupes politiques et des parlementaires. »
Pour le moment, ce « chemin » est encore très flou. Les échanges entre la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, la ministre du Travail et de la Santé, Catherine Vautrin, et le ministre de l’Économie et des Finances, Éric Lombard, et les groupes parlementaires ont commencé de façon informelle le 30 décembre. Mais les oppositions de gauche ne semblent pas pour le moment motivées à l’idée de travailler avec l’exécutif, tant François Bayrou apparaît toujours comme un défenseur obstiné du bilan macroniste.
Nous verrons qui est dans l’opposition et qui cherche à protéger Macron.
A. Le CoqLes insoumis sont les premiers à avoir coché la date du 16 janvier, jour de l’examen de la motion de censure qu’ils auront déposée deux jours plus tôt, dès que François Bayrou aura fini son discours de politique générale, qui devrait présenter les « principales orientations » de la copie budgétaire du gouvernement, selon Sophie Primas. « Le gouvernement peut tomber dès le 16 janvier à la suite de ce que le premier ministre lui-même a qualifié de vote de confiance, annonce le député La France insoumise (LFI) Aurélien Le Coq. Nous verrons qui est dans l’opposition et qui cherche à protéger Macron. »
La motion de censure insoumise sera-t-elle soutenue par l’ensemble du Nouveau Front populaire (NFP) ? Écologistes et communistes pourraient suivre. Reste à connaître l’attitude des socialistes, plus ouverts aux négociations. « Mêmes causes, mêmes effets », prévenait toutefois Arthur Delaporte, porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée, au soir de la motion de censure de Michel Barnier.
Comprendre : un nouveau premier ministre macroniste ou issu de la droite à la tête d’un gouvernement d’alliance entre le bloc central et la droite entraînerait la défense de la censure par le groupe socialiste. Avec François Bayrou, qui a placé son gouvernement sous la surveillance du Rassemblement national (RN), la situation n’a pas vraiment changé.
Mais encore faut-il que le RN soit dans le même état d’esprit. Si Marine Le Pen assume de plus en plus ses envies de présidentielle anticipée, il n’est pas certain que la triple candidate à l’élection suprême, soucieuse de ne pas être considérée comme responsable de la « bordélisation » de la vie politique, puisse censurer ce gouvernement moins d’un mois après sa nomination. Peut-être attendra-t-elle les débats autour du budget quelques semaines plus tard pour inciter ses troupes à le faire.
Le gouvernement tombera car son orientation et sa composition incarnent la continuation du macronisme.
B. Lucas« La situation politique est incertaine, je me garderai de faire des pronostics sur le moment de la chute du gouvernement. Mais il tombera car son orientation et sa composition incarnent la continuation du macronisme », assure quant à lui Benjamin Lucas, porte-parole du groupe Écologiste et social à l’Assemblée.
Scénario 2 : François Bayrou arrive miraculeusement à négocier un budget. Vraisemblable…Un accord budgétaire avec la gauche paraît difficile à trouver tant François Bayrou semble inflexible sur la demande phare du NFP, c’est-à-dire l’abrogation de la réforme des retraites. Le gouvernement serait prêt à en discuter, sans envisager la suspension de ce texte impopulaire. « C’est le gouvernement qui a évoqué la question des retraites lors de la réunion du 6 janvier à Bercy ; ils ont dit qu’ils travaillaient à des évolutions, ça signifie que c’est sérieux. On a montré notre bonne volonté, on a senti une bonne volonté de leur côté. Est-ce qu’il y a un chemin ? Je ne sais pas », souligne le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner.
Nous souhaitons des avancées,
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
Les oubliés de la République et la cuillère d’argent
La gauche se désembourgeoise à tout petits pas
Derrière les stratégies budgétaires, les gauches à l’ombre de la scission