Devant l’Assemblée nationale, François Bayrou parle pour ne rien dire

Avec un discours de politique générale sans ambition, le premier ministre centriste ne réussit pas à élargir son périmètre de soutiens et reporte toutes les urgences à demain.

Lucas Sarafian  • 14 janvier 2025 abonné·es
Devant l’Assemblée nationale, François Bayrou parle pour ne rien dire
François Bayrou, lors de son discours de politique générale, à l'Assemblée nationale, le 14 janvier 2025.
© Thomas SAMSON / AFP

La politique, c’est surtout le choix des mots. Une expression mal choisie ou pas assez convaincante peut tout chambouler. François Bayrou doit en être conscient. Depuis le 30 décembre, son gouvernement mène des négociations avec la droite mais aussi les socialistes, les écologistes et les communistes, dans le rêve de trouver une ligne budgétaire qui pourrait fédérer le plus de députés possibles. Ou, a minima, de ne pas provoquer le rejet brutal d’une majorité de parlementaires pour ne pas être déchu par la censure.

La tâche est-elle possible ? « L’Himalaya de difficultés », qu’il a décrit lors de la passation de pouvoir, se trouve devant lui. Face aux 577 députés de l’Assemblée nationale, tous réunis ce mardi 14 janvier pour entendre le discours de politique générale du premier ministre, François Bayrou a tout à prouver.

Quand tout paraît aller mal, on est contraint au courage.

F. Bayrou

Quelques instants avant de prendre la parole, le centriste de 73 ans se tient debout, juste à côté de Patrick Mignola, ministre des Relations avec le Parlement, et de Manuel Valls, bombardé ministre des Outre-mer. Il serre les mains des députés du bloc central qui passent devant lui. La chemise orange qui comporte son discours de 35 pages est sur son pupitre. Avant de monter à la tribune peu après 15 heures, il salue Rachida Dati, la ministre de la Culture reconduite.

Au micro, il a la voix calme, posée. « En vérité, contrairement à ce que beaucoup pensent, la situation de ce gouvernement présente un avantage considérable, annonce d’emblée le locataire de Matignon à l’assise parlementaire la plus précaire de la Ve République, détrônant ainsi son prédécesseur Michel Barnier. Au risque de vous surprendre, cette situation est un atout. Car quand tout va bien, on s’endort sur ses lauriers. Et quand tout paraît aller mal, on est contraint au courage. »

Le courage d’avouer le rejet aux européennes et aux législatives de la politique macroniste menée depuis sept ans ? Certainement pas. Fidèle soutien d’Emmanuel Macron depuis 2017, le président du Modem ne s’apprête pas à modifier le macronisme en profondeur. Bien au contraire. Après un propos liminaire sur la dette, le désordre mondial et la composition de son gouvernement qui refléterait, selon lui, « l’union des différentes sensibilités du pays », le Premier ministre entre dans le dur. Ou presque.

Un petit quart d’heure après avoir commencé, il se perd dans son discours, se mélange dans les pages censées exposer les grandes lignes de ce qu’il compte entreprendre à la tête du gouvernement. « Je suis un néophyte, je suis bien obligé d’apprendre le métier », concède-t-il avec le sourire. Après qu’une fonctionnaire de l’Assemblée lui apporte une nouvelle page, pendant cet interlude un brin humoristique, il s’attaque au cœur du blocage : la réforme des retraites.

« Le déséquilibre du financement des retraites et la dette massive qu’il a creusée ne peuvent être ignorés », commence-t-il. Une façon de rassurer la droite et le bloc central qui le soutiennent. Les députés du « socle commun » applaudissent timidement. « Plus personne

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