Les sociaux-démocrates, toujours condamnés à trahir ?

Accusée de « trahison » de façon récurrente, la social-démocratie a souvent renié ses engagements. Pour autant, face au danger de l’extrême droite, la seule radicalité à gauche a peu de chance de l’emporter.

Olivier Doubre  • 22 janvier 2025 abonné·es
Les sociaux-démocrates, toujours condamnés à trahir ?
Olivier Faure, après le discours de politique générale de François Bayrou, à Assemblée nationale, le 16 janvier 2025.
© Amaury Cornu / Hans Lucas / AFP

Au lendemain du discours de politique générale du premier ministre, François Bayrou, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, expliquait depuis l’Assemblée nationale pourquoi la plupart des députés de son groupe ne joindraient pas leurs voix en faveur de la motion de censure contre le nouveau gouvernement déposée par tous leurs collègues du Nouveau Front populaire (NFP), portant ainsi un coup dur à l’alliance de gauche.

Faut-il pour autant y voir une brisure immédiate, sinon irrémédiable, du NFP, faisant peser sur les socialistes une lourde responsabilité quant à l’avenir de la gauche et de sa volonté d’unité ? Plus largement, la social-démocratie serait-elle intrinsèquement destinée à rompre avec les différentes formules d’union de la gauche au fil du temps, voire à apparaître comme le sempiternel traître à celle-ci une fois au pouvoir ?

Les socialistes en auront beaucoup entendu depuis près d’un siècle : « sociaux-traîtres », « alliés de la bourgeoisie », « tenants du social-libéralisme », parfois même « social-fascistes » ! Les débats au sein de la gauche ont été et sont toujours âpres entre son pôle réformiste, d’un côté, et celui plus radical, de l’autre. Les exemples historiques sont légion. Sans remonter aux contraintes budgétaires qui ont fait ralentir les réformes espérées du Cartel des gauches en 1924 ou l’entrée dans la guerre froide qui a porté à partir de 1947 (et le gouvernement Ramadier) la SFIO à devenir un pilier gestionnaire de la IVe République, on se souvient du fameux « tournant de la rigueur » de 1983.

Diktats néolibéraux

Deux ans après l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, alors que le PS disposait d’une majorité absolue à l’Assemblée, les gouvernements Mauroy puis Fabius ont engagé l’alignement de la France sur les diktats néolibéraux. De même, les politiques menées par le gouvernement Jospin, dit de « gauche plurielle », ont déçu à gauche, avec notamment les nombreuses privatisations d’entreprises publiques décidées alors. Ou, pire, l’expérience du quinquennat de François Hollande – avec la loi Travail ou le tour de vis sécuritaire qui a suivi les attentats de 2015 –, qui a bien failli entraîner la disparition du PS.

Le courant socialiste de la gauche française n’aurait-il d’autres perspectives que de décevoir l’électorat de cette partie de l’échiquier politique ? Tout au long du XXe siècle, jusqu’à nos jours, le débat à gauche se porte grosso modo toujours sur la forme, les moyens ou plutôt le rythme de mise en œuvre des réformes en faveur des travailleurs. Dans le parti de Jaurès et de

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Politique
Publié dans le dossier
Où va la gauche ?
Temps de lecture : 7 minutes

Pour aller plus loin…

« La légitimité d’une candidature ne peut reposer uniquement sur des sondages ou une affirmation personnelle »
Entretien 4 mai 2026 abonné·es

« La légitimité d’une candidature ne peut reposer uniquement sur des sondages ou une affirmation personnelle »

Lucie Castets, maire du 12e arrondissement de Paris, réaffirme son engagement en faveur d’une primaire de la gauche et des écologistes pour 2027. L’ex-candidate du NFP à Matignon appelle à un rassemblement mardi 5 mai à Paris pour les 90 ans du Front Populaire et relancer la dynamique unitaire de la gauche.
Par Alix Garcia
Comment l’Europe finance des fondations fascistes
Enquête 30 avril 2026 abonné·es

Comment l’Europe finance des fondations fascistes

La Sovereignty Foundation, qui dépend du groupe politique européen auquel sont affiliés Reconquête ! ou l’AFD, a reçu une subvention de 1,1 million d’euros alors que ses membres enfreignent régulièrement les valeurs d’égalité et de respect inscrites au règlement de l’Union européenne.
Par Hugo Boursier
« Nouvelle France » : Jean-Luc Mélenchon tisse son imaginaire pour 2027
Décryptage 29 avril 2026 abonné·es

« Nouvelle France » : Jean-Luc Mélenchon tisse son imaginaire pour 2027

Derrière le mot d’ordre de « nouvelle France », à la fois panorama social et slogan politique, le triple candidat à la présidentielle pourrait avoir trouvé un récit capable de mobiliser les classes populaires. Tout en installant une confrontation avec l’extrême droite.
Par Lucas Sarafian
« Il n’y a pas de “nouvelle France” : il y a la France et toutes ses composantes »
Entretien 29 avril 2026

« Il n’y a pas de “nouvelle France” : il y a la France et toutes ses composantes »

Demba Traoré, le nouveau maire du Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis, revient sur les conditions de sa victoire et la portée politique de la liste citoyenne qu’il a conduite.
Par Hugo Boursier