Affaire Bétharram : « absence totale de preuves », vraiment ?

Avec l’affaire de Notre-Dame de Bétharram, la bienveillance médiatique dont François Bayrou a toujours joui vacille, du fait de sa défense bornée. C’est une sérieuse affaire politique dont la presse a su s’emparer.

Pauline Bock  • 17 février 2025
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Affaire Bétharram : « absence totale de preuves », vraiment ?
François Bayrou après une réunion avec les membres du collectif des victimes de violence de Notre-Dame-de-Bétharram, avec son porte-parole Alain Esquerre, à droite.
© Philippe Lopez / AFP

En collaboration avec Arrêt sur images.


« Un faux scandale avec absence totale de preuves. » Ce sont les mots de François Bayrou, premier ministre, pour qualifier les révélations de Mediapart, mais aussi du Monde, du Point et de la presse locale sur les violences, agressions sexuelles et viols subis pendant des décennies par les élèves de l’internat de Notre-Dame-de-Bétharram, à 30 kilomètres de Pau. Il y a pourtant 112 plaintes. Oui : cent douze, visant des prêtres et des surveillants de l’établissement, déposées par d’anciens pensionnaires, pour une période allant des années 1950 jusqu’aux années 2010. Et une douleur sourde, dans chaque témoignage des personnes victimes, réunies en collectif depuis 2023.

François Bayrou savait forcément. Mais il a nié.

Bayrou, originaire de la région, a longtemps été élu local, et est toujours maire de Pau. Il a scolarisé plusieurs de ses six enfants à Bétharram et son épouse y a enseigné le catéchisme. « François Bayrou ne pouvait ignorer les accusations qui pesaient déjà sur l’établissement à la fin des années 1990 », révélait Mediapart le 5 février. « Il a même rencontré le juge saisi d’une affaire de violences sexuelles en 1998. Des parents d’élèves et une enseignante disent aussi l’avoir alerté à au moins trois reprises. Deux ans plus tôt, en 1996 donc, il s’était aussi rendu, en tant que ministre de l’éducation, dans les locaux de Bétharram pour soutenir l’établissement à la suite de la plainte d’un parent d’élève. »

Sur le même sujet : Affaire de Bétharram : le gouvernement Bayrou tétanisé

François Bayrou savait forcément. Mais il a nié. Au Parisien, d’abord, en 2024 (« De risques sexuels, je n’avais jamais entendu parler »), quand d’anciens élèves de Bétharram ont saisi la justice. Lorsque Mediapart a publié une avalanche de documents prouvant qu’il savait et l’a contacté, il ne leur a pas répondu. Il lui a bien fallu répondre lorsqu’il a été questionné à l’Assemblée, le 12 février, et là encore, il a nié (« Jamais je n’ai été, à cette époque, averti en quoi que ce soit des faits qui ont donné lieu à des plaintes ou à des signalements »). 

Amnésie ou mensonge

Mediapart a ensuite publié un courrier avec accusé de réception qui lui a été adressé, ainsi qu’un témoignage du juge saisi en 1998, qui assure avoir dit à Bayrou que « les faits étaient patents et établis ». Malgré ces preuves supplémentaires, Bayrou s’est entêté : il a nié au Monde, le lendemain, en parlant de « faux scandale avec absence totale de preuves ».

Si l’affaire n’a pas connu un tel retentissement médiatique lorsque les victimes ont déposé plainte en janvier 2024, l’AFP et la presse ont relayé l’info dès la publication des preuves de Mediapart le 5 février. En forçant Bayrou à réagir, la question à l’Assemblée a relancé la machine, menant à une myriade de titres sur le premier ministre qui « continue de nier », qui « a la mémoire courte », ou qui « ment ».

S’en prendre au travail des journalistes ne le sauvera pas.

La bienveillance médiatique dont Bayrou a toujours joui, et qu’ASI détaillait dans l’émission la semaine dernière, vacille. Et c’est uniquement de sa faute : face à sa défense bornée, seules deux situations sont possibles. Soit le premier ministre est amnésique ; soit il ment. Dans les deux cas, c’est une sérieuse affaire politique dont la presse – de Mediapart au Monde et au Point – a su s’emparer de concert. Dans cette affaire, qui n’est certainement pas un « faux scandale », certains médias ont joué leur rôle. François Bayrou est finalement le seul à ne pas se montrer à la hauteur. S’en prendre au travail des journalistes, qu’il qualifie « d’absence totale de preuves », ne le sauvera pas.

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