La paix, un art bien difficile

Géopolitologue engagé, professeur émérite à Sciences-Po Paris, Bertrand Badie s’interroge sur l’évolution de l’idée de paix, à l’heure où la guerre se rapproche désormais des contrées occidentales. Bouleversant nos imaginaires.

Olivier Doubre  • 12 mars 2025 abonné·es
La paix, un art bien difficile
Au meeting de Léon Deffontaines, candidat du PCF aux élections européennes, le 15 mai 2024, à Paris.
© Maxime Sirvins

Nous avions oublié. Pour nous autres, Occidentaux nantis, baignant dans l’opulence, la paix était depuis 1945 un état quasi naturel, incontestable. Tueries, bombardements, fusillades, massacres de masse, famines, tout cela évoquait un passé lointain. Ou des récits de conflits lointains. Pourtant, le monde global a changé et la guerre semble se rapprocher. Comment la contenir ? Comment faire la paix ? Serait-ce un art ? Sans doute, mais en sachant d’abord ce que peut signifier la paix. De quoi parle-t-on ?

Pour les Occidentaux, l’idée de paix est 'culturellement' devenue 'un compromis plus qu’un idéal ou un absolu'.

Toujours prompt à faire un pas de côté pour élargir son champ de vision, le géopolitologue Bertrand Badie s’est d’abord intéressé à l’idée de paix selon les civilisations. L’Occident en développa une conception par son contraire, la paix étant appréhendée « simplement » comme la « non-guerre ». En soulignant que l’origine étymologique de la pax, qui dérive du mot latin pactum, ne désigne non un état mais « une action », celle de « passer une convention entre deux partenaires frappés d’un commun différend ».

En Europe, souligne le chercheur, la paix a d’abord une « mémoire transactionnelle, négligeant dès l’origine la description de cet ordre pacifique premier, cet Eden vers lequel il conviendrait de tendre ». Et de rappeler ainsi que, pour les Occidentaux, l’idée de paix est « culturellement » devenue « un compromis plus qu’un idéal ou un absolu ».

Au contraire, l’appréhension de l’idée de paix en Orient, entre monde arabo-musulman et espaces orientaux, diffère fondamentalement de la conception occidentale. La tradition arabe tend, elle, à faire de la paix un « bien absolu », se rapprochant du « paradis divin ». Et cette « dialectique » connaît une « inversion » encore plus affirmée par rapport à la pax (latine) : la paix

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 4 minutes

Pour aller plus loin…

« La France est assez équipée pour accueillir les enfants retenus dans les camps en Syrie »
Entretien 1 avril 2026 abonné·es

« La France est assez équipée pour accueillir les enfants retenus dans les camps en Syrie »

Dans la bande dessinée En quête de liberté, coécrite avec la journaliste Gaële Joly, la jeune femme de 26 ans forcée à rejoindre Daech à 15 ans raconte son parcours. Un témoignage inédit qui souligne les impensés de la justice et de la politique française en matière de rapatriement des familles parties en Syrie.
Par Salomé Dionisi et Olivier Doubre
« Pour la Maison Blanche, la guerre devient un jeu qui tourne en dérision la mort de l’ennemi »
Entretien 27 mars 2026 abonné·es

« Pour la Maison Blanche, la guerre devient un jeu qui tourne en dérision la mort de l’ennemi »

Les images de guerre ont radicalement changé de nature. W. J. T. Mitchell, l’un des grands théoriciens américains des visual studies, décrypte les politiques de l’image qui anesthésient et pourquoi certaines résistent encore aux instrumentalisations.
Par Juliette Heinzlef
Trahison d’un État protecteur : anatomie d’un ressentiment
Essai 25 mars 2026 abonné·es

Trahison d’un État protecteur : anatomie d’un ressentiment

Le sociologue Alexis Spire interroge la défiance croissante des gouvernés vis-à-vis de l’État et des politiques de protection sociale, soumises aux attaques des politiques néolibérales.
Par Olivier Doubre
Marine Tondelier : « Ce n’est pas parce qu’on a subi des revers électoraux qu’on va baisser les bras »
Entretien 24 mars 2026 abonné·es

Marine Tondelier : « Ce n’est pas parce qu’on a subi des revers électoraux qu’on va baisser les bras »

De la vague verte des municipales de 2020 il ne reste que l’écume. Le second tour des municipales a été une douche froide pour Les Écologistes avec la perte des plus grandes villes, sauf Lyon, et peu de conquêtes. La secrétaire nationale du parti confie sa déception et fustige les divisions de la gauche, sans remettre en cause l’idée d’une primaire de la gauche hors LFI pour 2027. 
Par Vanina Delmas et Lucas Sarafian