Amérique latine : face à Trump, la gauche en ordre dispersé

Les pays latino-américains sont frappés de manière inégale par la hausse des taxes imposée par les États-Unis et doivent en plus gérer les expulsions de migrants ordonnées par l’administration. Désunis, les dirigeants agissent de façon isolée tout en évitant la confrontation avec Donald Trump.

Pablo Castaño  • 9 avril 2025 abonné·es
Amérique latine : face à Trump, la gauche en ordre dispersé
Rassemblement au Zocalo de Mexico, où la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, présente sa stratégie économique avec les États-Unis, après avoir obtenu une suspension de la hausse des taxes.
© Gerardo Vieyra/NurPhoto/afp

Expulsions massives de migrants et tarifs douaniers inédits depuis des décennies sur les exportations des pays latino-américains : telles sont les principales menaces brandies par Donald Trump contre l’Amérique centrale et du Sud. Des promesses qui se concrétisent aux cent premiers jours à la Maison Blanche, à un rythme effréné. Le retour au pouvoir de Trump coïncide avec la présence de gouvernements progressistes dans plusieurs pays clés de la région. Pourtant, leur réponse demeure loin d’être unanime, et la coordination entre les pays menacés ne dépasse pas les déclarations de protestation.

Lors de son discours d’investiture, le nouveau président avait annoncé une vague d’expulsions de migrants en situation irrégulière, majoritairement latino-américains. « C’est une exacerbation des politiques traditionnelles des États-Unis. La sécurité et l’immigration ont toujours été une obsession des derniers gouvernements, analyse Anna Ayuso, chercheuse au Barcelona Centre for International Affairs (Cidob). Joe Biden menait une politique tout aussi dure en matière migratoire. » Durant sa dernière année au pouvoir, l’administration Biden a expulsé, en moyenne, 57 000 personnes par mois, soit 35 % de plus que les déportations ordonnées par Trump lors de son premier mois à la présidence.

La véritable nouveauté réside dans la guerre commerciale lancée par le président milliardaire contre le monde entier, y compris l’Amérique latine. Après les tarifs douaniers imposés aux exportations provenant du Mexique – pourtant lié aux États-Unis et au Canada par un accord de libre-échange –, une nouvelle vague de mesures a été annoncée le 2 avril. Des droits de douane de 10 % ont été instaurés pour la plupart des pays de la région, à laquelle la nouvelle administration états-unienne porte une attention accrue comparée à ses prédécesseurs.

« Pour sa première visite officielle, le secrétaire d’État Marco Rubio est allé au Panama, au Costa Rica, en République dominicaine et au Salvador, ce qui était une première, souligne Anna Ayuso. Hormis le Mexique, la région était reléguée au second plan de la politique étrangère américaine ces dernières années. Désormais, on observe un intérêt spécifique… mais en mal. »

Les mesures commerciales n’ont pas d’origine idéologique et ne ciblent pas spécifiquement les gouvernements progressistes.

L. Cadahia

Pour Luciana Cadahia, professeure de philosophie à l’Université nationale de Córdoba, en Argentine, il faut distinguer politiques migratoires et commerciales. « Les premières ont une teinte strictement idéologique et visent son électorat. Trump sait que ses soutiens sont majoritairement des Blancs de classe moyenne et populaire, imprégnés d’une logique suprémaciste. Montrer qu’on expulse des Latinos renforce cet esprit. » À l’inverse, « les mesures commerciales n’ont pas d’origine idéologique

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