Portugal : l’extrême droite à qui perd gagne
Sauf surprise, la mouvance populiste ne devrait pas être en mesure de dégager une majorité pour diriger le prochain gouvernement après les élections législatives du 18 mai. Mais peu lui importe au fond, puisqu’elle a déjà réussi à imposer ses idées.
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© Artur Widak /NurPhoto / AFP
Le couperet est tombé samedi 3 mai. Ce jour-là, 4 574 ressortissants étrangers en situation irrégulière ont appris qu’ils avaient vingt jours pour quitter le territoire portugais. « Cette mesure confirme que la politique migratoire du Portugal est devenue une politique d’immigration réglementée, que les règles d’immigration doivent être respectées et que le non-respect de ces règles a des conséquences », s’est félicité António Leitão Amaro, ministre de la Présidence portugaise.
La mesure n’a pas manqué de révolter de nombreuses structures de défense des droits des migrants. « Le gouvernement vient nourrir un narratif anti-immigration de plus en plus prégnant, dénonce Ana Paula Costa, présidente de l’association Casa do Brasil, très agacée. Les personnes que l’on accompagne ressentent de plus en plus une forme de méfiance à leur égard. Et quand on voit les débats sur la scène politique, ça ne risque malheureusement pas de s’améliorer. »
Situés dans le quartier pittoresque du Bairro Alto à Lisbonne, les bureaux de la structure aident depuis trente-trois ans les Brésiliens résidant au Portugal. Ici, la mesure effraie : « Le gouvernement crée du ressentiment autour d’une population déjà très vulnérable », regrette la militante.
Les partis n’osaient pas trop incarner les valeurs d’ordre et de sécurité. Il y a désormais un effet à retardement.
Y. LéonardAna Paula Cos n’est pas dupe. L’annonce du renvoi de ces étrangers en situation irrégulière est intervenue un jour après un nouveau rebondissement dans une possible affaire de conflit d’intérêts qui avait entraîné la chute du gouvernement au mois de mars. « Les étrangers servent d’écran de fumée, relève Ana Paula Costa. C’est hypocrite, car le gouvernement n’est pas tombé à cause de l’immigration, mais bien à cause des soupçons qui pèsent sur le premier ministre, Luís Montenegro. »
Le timing de cette annonce n’a pas manqué non plus d’indigner l’opposition. Il ne serait pas si innocent : le lendemain, le 4 mai, marquait le premier jour officiel de la campagne électorale des législatives, qui s’achèvera ce dimanche. Ces élections sont les troisièmes en trois ans. Mais, cette fois, la tonalité de la campagne a changé. L’immigration se place au cœur des débats et la majorité compte bien montrer sa proactivité pour la
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