Protoxyde d’azote : pour les autorités, une prévention tardive après un long déni

Chaque jour, des centaines de milliers de personnes consomment du « gaz hilarant ». Il est depuis très longtemps détourné malgré les risques importants pour la santé. Souvent banalisés, ses dangers ont tardé à être pris en compte par les autorités françaises.

Maxime Sirvins  et  Céline Martelet  • 5 mai 2026 abonné·es
Protoxyde d’azote : pour les autorités, une prévention tardive après un long déni
À Lille, le 10 mai 2022, des cartouches de protoxyde d'azote, également appelé « gaz hilarant ».
© Denis Charlet / AFP

Benjamin est mort seul dans les toilettes d’un supermarché. Le 26 janvier 2012, il a fait une embolie pulmonaire. Il avait 19 ans. Depuis quatre ans, il inhalait quotidiennement du protoxyde d’azote. « Avant sa mort, avec son père, nous avons cherché de l’aide partout. Quand nous l’avons amené au centre de prise en charge des addictions, il nous a été répondu que notre fils n’était pas dépendant, qu’il ne prenait pas de la drogue, se souvient Élisabeth, sa mère. Benjamin nous assurait que ce n’était pas une addiction. Il parlait d’un loisir, d’un moyen de se détendre. Il aimait trop cet état d’ivresse. »

Tout a commencé lorsqu’il était au collège. À 14 ans, en classe, Benjamin s’amuse avec ses amis à inhaler le gaz des bombes dépoussiérantes mis à disposition des élèves pour nettoyer les claviers d’ordinateur. Puis, il consomme du protoxyde d’azote chez lui, dans sa chambre, à l’abri des regards. Lorsque son père lui ordonne d’arrêter, il consomme à l’extérieur de la maison. « Nous sommes une famille d’ouvriers. Personne n’est à l’abri de voir son enfant basculer. Il suffit d’une mauvaise rencontre, d’une souffrance dans la vie », glisse Élisabeth.

Son état neurologique s’est dégradé, il n’entendait plus d’une oreille, il tremblait tout le temps.

Élisabeth

Étudiant en chimie et passionné de musique classique, Benjamin s’organise pour avoir sa dose quotidienne, enchaîne les petits boulots pour récupérer suffisamment d’argent et nie toute forme de dépendance. Des marqueurs connus de l’addiction. Quelques mois avant sa mort, le jeune homme est retrouvé inconscient dans un parc et passe trois jours dans un service psychiatrique. « Son état neurologique s’est dégradé, il n’entendait plus d’une oreille, il tremblait tout le temps, ses yeux s’agitaient », raconte sa mère. Selon elle, aucun médecin n’a pris la mesure du danger. « Ceux que l’on a rencontrés me disaient que je devais avoir plus d’autorité sur mon fils. C’est tout ! »

Presque quatorze ans plus tard, une jeune femme de 17 ans a été retrouvée morte chez elle à Roubaix en novembre 2025. C’est une voisine, inquiète de ne plus avoir de nouvelles, qui a donné l’alerte. En entrant dans l’appartement, à côté du corps de l’adolescente, les enquêteurs ont découvert de nombreuses bonbonnes de

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