En Cisjordanie occupée, porter secours au péril de sa vie

En première ligne, les médecins, secouristes et ambulanciers prennent tous les risques pour venir en aide aux personnes nécessitant une aide médicale. Depuis le 7-Octobre, ils sont pourtant la cible des tirs israéliens qui se multiplient.

Louis Witter  et  Abed Qusini  • 11 juin 2025 abonné·es
En Cisjordanie occupée, porter secours au péril de sa vie
© Louis Witter

"Pourquoi avez-vous tiré alors que les gyrophares des ambulances étaient allumés ?  demande Younis Al-Khatib à la tribune, visiblement ému. Ce 7 avril 2025 dans les locaux du Croissant-Rouge palestinien (SCRP) à Ramallah, en Cisjordanie occupée, le président du SCRP demande des comptes à l’État israélien devant des journalistes du monde entier. Dans la grande salle de conférences, une vidéo d’une vingtaine de minutes est diffusée sur deux écrans. Tournée par Rifaat Radwan, un secouriste palestinien, elle y montre le déluge de feu dont ses collègues et lui ont été victimes une semaine plus tôt à Tel Al-Sultan, au sud de la bande de Gaza.

Du nord au sud du territoire, le travail des secouristes, médecins et ambulanciers est entravé au quotidien par les forces d’occupation.

Les minutes s’égrènent. Dans l’ambulance, la tension est palpable avant son arrivée auprès d’un autre véhicule de secours, arrêté sur le bord de la route, tous feux allumés. Rifaat filme. Son collègue lui demande d’arrêter. « On doit documenter ces moments », répond-il, la voix étranglée. Les secouristes sortent du véhicule, les balles fusent. Au milieu d’un silence pesant, parmi les collègues de Rifaat et des autres, des sanglots éclatent dans la salle où sont projetées les images de l’attaque. À l’écran, entre les rafales des tirs israéliens et les cris, on entend l’homme s’en remettre à Dieu. « Maman, ­pardonne-moi, car j’ai choisi cette voie, celle d’aider les gens », dit-il, avant que la vidéo ne se coupe. Une exécution filmée. 

Le 23 mars, quatorze secouristes et un employé de l’ONU ont été abattus par l’armée israélienne dans la bande de Gaza. Dans l’enclave comme dans les territoires occupés, ils ne sont pas les premiers personnels médicaux à tomber sous le feu de Tsahal. À l’entrée du siège du Croissant-Rouge, où se tient la conférence de presse, un panneau orné de photos rappelle la mémoire des collègues tués dans l’exercice de leurs fonctions en Palestine. Selon Médecins sans frontières (MSF), depuis le 7 octobre 2023, les attaques contre le système de santé et les secouristes sont monnaie courante à Gaza.

En janvier, plus de mille professionnels de santé avaient été tués, cinquante hôpitaux fermés et cinquante violents incidents à l’encontre de MSF répertoriés. En Cisjordanie occupée, si les attaques contre les équipes médicales palestiniennes sont moins visibles, leur nombre est pourtant en nette augmentation depuis le 7-Octobre. Du nord au sud du territoire, le travail des secouristes, médecins et ambulanciers est entravé au quotidien par les forces d’occupation. Et nombre d’entre eux racontent être régulièrement la cible de tirs, de violences et d’humiliations de la part de soldats israéliens.

Besoin de protection

À Naplouse, dans son bureau du Palestinian Medical

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Monde
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