Aux États-Unis, la communication en mode éléphant de Trump

Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier, Donald Trump a imposé une stratégie offensive. Décrets à la chaîne, publications provocatrices, contournement des médias traditionnels : au cœur de cette logique, une volonté de contrôler le récit médiatique, quitte à piétiner l’indépendance de la presse.

Paul Hetté  • 18 juin 2025 abonné·es
Aux États-Unis, la communication en mode éléphant de Trump
À New York, le 14 juin, lors d’une marche de protestation, un panneau dénonce la déformation systématique des faits par Donald Trump.
© Thomas Hengge / NurPhoto / AFP

Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche il y a cent cinquante jours a été fracassant, et surtout destructeur pour les migrant·es, l’aide internationale, la recherche, l’éducation, les relations commerciales ou encore les femmes et les personnes LGBT+. Un esprit de destruction qui a grandement inspiré la nouvelle équipe de la Maison Blanche, laquelle a établi une stratégie de communication en totale rupture avec celle des précédentes administrations états-uniennes – y compris la première présidence de Trump.

Le retour du milliardaire au pouvoir a été marqué par le nombre considérable de décrets (Executive Orders) signés par le nouveau président : avec 143 les cent premiers jours, selon le décompte de l’American Presidency Project, il écrase le chiffre de son premier mandat sur la même période – 33 décrets – et bat même le record jusqu’ici détenu par Franklin D. Roosevelt avec ses 93 décrets.

4 000 posts en quatre mois

Cette quantité de décisions a suscité l’utilisation massive des réseaux sociaux par l’équipe de communication de Donald Trump : en seulement quatre mois, plus de 4 000 posts ont été publiés sur le compte X de la Maison Blanche. À ce rythme, il comptabilisera 48 000 publications d’ici à 2028, soit deux fois plus que lors du premier mandat Trump et près de cinq fois plus que sous Biden.

Les posts de la première présidence de Trump – archivés sous le nom @WhiteHouse45 – étaient par ailleurs « plus calmes et avec plus de limites dans le contenu », selon Frank Sesno, spécialiste de la politique américaine et ancien chef du bureau de Washington de la chaîne d’information CNN. Une analyse que partage le Guardian : « Il y avait des extraits de médias favorables et des photos flatteuses du président. En revanche, il n’y avait aucun des mèmes agressifs qui caractérisent le nouveau fil d’actualité. » 

L’objectif est de dominer l’espace médiatique pour imposer l’agenda et utiliser les plateformes comme une véritable tribune d’intimidation.

F. Sesno

À titre d’exemple, le 14 février, le compte officiel @WhiteHouse postait une carte de Saint-Valentin avec la tête de Donald Trump accompagnée d’un texte : « Les roses sont rouges, les violettes sont bleues, venez ici illégalement et nous vous expulserons. » Quatre jours plus tard, c’était une vidéo ASMR (un type de contenu provoquant le bien-être par des sons apaisants) qui était publiée, mettant en scène les bruits de menottes et de chaînes portées par des migrant·es expulsé·es du pays.

« L’objectif est de dominer l’espace médiatique pour imposer l’agenda et utiliser les plateformes comme une véritable tribune d’intimidation », analyse Frank Sesno. Pour lui, cette stratégie a pour but de « submerger les autres acteurs dans le paysage médiatique », car « les gens se retrouvent à devoir déterminer ce qui est sérieux et ce qui ne l’est pas ». Derrière ces milliers de publications sur les réseaux sociaux de la Maison Blanche, on trouve une équipe « composée d’une douzaine d’employés majoritairement âgés de 20 à 30 ans et extérieurs au monde politique », selon le Washington Post.

Une com centrée sur l’attaque

Cette communication ne s’arrête pas au seul compte de la Maison Blanche, car Donald Trump publie également

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Publié dans le dossier
Le fascisme sauce Trump
Temps de lecture : 7 minutes

Pour aller plus loin…

« Partir de Gaza a sauvé mon art »
Portrait 26 juin 2026 abonné·es

« Partir de Gaza a sauvé mon art »

Mohammed Hilles est un violoniste gazaoui de 26 ans. Il y a un peu plus d’un an, il a été évacué de l’enclave palestinienne pour poursuivre ses études et sa musique en France. L’exil pour continuer de jouer. Mais à quel prix ?
Par Charlotte Gauthier
« La révolution des flamants roses » secoue l’Albanie
Europe 26 juin 2026 abonné·es

« La révolution des flamants roses » secoue l’Albanie

Depuis la fin mai, le « pays des aigles » est en ébullition. Le mégaprojet touristique de la famille Trump sur une zone naturelle protégée est devenu le symbole de la dérive corrompue et autoritaire du régime d’Edi Rama. Mais pas seulement.
Par Simon Rico
Indonésie : à Bangka, l’extraction de l’étain, noir tribut payé à nos écrans
Reportage 25 juin 2026 abonné·es

Indonésie : à Bangka, l’extraction de l’étain, noir tribut payé à nos écrans

Dans l’archipel indonésien, des travailleurs extraient l’étain dans des conditions extrêmement dangereuses. Indispensable à la fabrication des smartphones et des ordinateurs, le précieux métal s’arrache au prix de vies humaines et d’un désastre écologique.
Par Pierre Terraz et Paul Boyer
« On ne gagne pas une élection présidentielle seulement sur les questions internationales »
Entretien 16 juin 2026 abonné·es

« On ne gagne pas une élection présidentielle seulement sur les questions internationales »

L’engagement de certains candidats sur les crises internationales peut-il devenir un atout électoral en 2027 ? Chercheur en science politique, Élie Michel décrypte les limites du poids de l’international dans la présidentielle à venir.
Par William Jean