La révolution sera culturelle ou ne sera pas
Dans un essai dessiné, Blanche Sabbah analyse la progression des idées réactionnaires dans les médias. Loin de souscrire à la thèse de la fatalité, l’autrice invite la gauche à réinvestir le champ des idées.
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Et si les combats d’idées se gagnaient tant sur le fond que sur la forme ? C’est le pari formulé par Blanche Sabbah dans un nouvel essai dessiné, dans lequel elle s’attaque à la « bataille culturelle », c’est-à-dire la capacité d’un groupe politique à imposer ses idées dans le débat public.
Première désillusion : si l’extrême droite parvient à dicter l’agenda médiatique, c’est avant tout parce que les faits ne suffisent plus. L’autrice fait ici le constat – déjà longuement analysé outre-Atlantique depuis la première élection de Donald Trump – d’un avènement des fake news, du complotisme et du climatoscepticisme décomplexés. Y compris dans les médias français.
Exemple parmi d’autres : le député RN Jean-Philippe Tanguy qui, sur un plateau télé, raille la militante écologiste Camille Étienne : « La recherche, la recherche… J’ai l’impression d’entendre une religieuse avec sa Bible ! […] La recherche, ça n’existe pas. » Comment mener un débat constructif face à un parti qui, pour jouer sur les émotions du public, est prêt à remettre en question des siècles de progrès scientifiques ?
Blanche Sabbah note un écart plutôt flagrant entre la droitisation – réelle mais relative – de l’opinion publique et l’extrême-droitisation des médias. C’est ainsi qu’elle définit la « droitisation culturelle » : des discours réactionnaires normalisés parce que diffusés à longueur de journée par des médias rachetés par de riches conservateurs. Selon elle, la gauche doit créer des synergies entre la science (les faits) et l’art (l’émotion) pour imposer ses sujets dans le débat public.
Face à une extrême droite qui gagne du terrain culturel, l’autrice en appelle aussi à s’engueuler avec ses électeurs plutôt que les ignorer. L’idée n’est ni d’excuser ni de comprendre, mais de convaincre. Et de faire entendre une voix de gauche qui se fait de plus en plus timide : « Comment avons-nous pu passer d’un contexte où l’on n’osait pas voter pour un parti créé par des collabos à un contexte où l’on n’ose pas s’indigner d’un électorat ouvertement néonazi ? » Dernier exemple en date : la mort de Jean-Marie Le Pen, dont la plupart des médias n’ont pas osé rappeler les positions vichystes, antisémites, racistes et homophobes.
Blanche Sabbah réfute également la lecture simpliste de la progression du vote d’extrême droite pour des raisons économiques. Cette explication tendrait à faire peser la responsabilité sur les pauvres et les ruraux. Encore une fois, les faits : une étude publiée par Ipsos après les élections européennes de 2024 montre que le vote à l’extrême droite a progressé dans presque toutes les catégories sociodémographiques. Pas que chez les pauvres. Pas qu’à la campagne. C’est le RN lui-même qui a tout intérêt à diffuser cette idée, donnant ainsi à sa volonté de préférence nationale une allure de lutte contre la précarité.
Le féminisme, source d'inspirationTerrain de lutte fertile, le féminisme est, selon l’autrice, une forme de militantisme dont la gauche devrait s’inspirer. À travers l’exemple des colleuses, elle rappelle comment les militantes ont réussi à imposer le concept de féminicide dans le débat public : « C’est parce que la presse, la recherche et certaines personnalités publiques et politiques nous ont emboîté le pas que le mot a fini par intégrer le dictionnaire, pas l’inverse. »
Mener une politique féministe, c’est nécessairement mener une politique progressiste.
B. SabbahLes artistes ne sont pas en reste : lorsqu’elle publie Le Consentement (Grasset), Vanessa Springora impose ce concept dans l’espace médiatique. De même pour Adèle Haenel, qui dénonce l’emprise dont elle a été victime. Ou pour Neige Sinno
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