« Il n’y a pas une mais plusieurs sociétés israéliennes »

L’analyste politique Yaël Lerer souligne ici la fragmentation et même la fracturation d’un pays qui a institué des statuts différents selon les communautés et les origines ethniques.

Yaël Lerer  • 6 octobre 2025 abonné·es
« Il n’y a pas une mais plusieurs sociétés israéliennes »
Si des milliers de manifestants appellent à la fin de la guerre, certains demandent avant tout la libération des otages…
© Mostafa Alkharouf / Anadolu / AFP

À Tel-Aviv, mi-septembre, la chaleur est insupportable même le soir. Tout le monde est dehors. Les cafés et les bars sont bondés, la musique forte. Des centaines de personnes pique-niquent au nouveau Parc du Rail, c’est la fête. Soixante kilomètres au sud, à Gaza, des enfants succombent brûlés vifs dans leurs tentes. Terrible réalité où la fête et la mort voisinent dans l’ignorance ou l’indifférence.

Sur la place devant le Musée d’art de Tel-Aviv, rebaptisée « place des Otages », comme chaque samedi soir, des dizaines de milliers de manifestants se réunissent. Ce n’est qu’après le 18 mars, quand Israël a rompu l’accord de cessez-le-feu signé avec le Hamas le 16 janvier 2025, que les familles des otages ont compris que le gouvernement israélien avait complètement abandonné les siens. On les a bombardés, on les a blessés, on les a tués, on les a utilisés pour la promotion du génocide à Gaza.

Le gouvernement, en effet, a besoin que les otages restent en captivité pour continuer sa campagne d’effacement de Gaza et de sa population. Benyamin Netanyahou en a besoin pour conserver son gouvernement, et son opposition vient de le comprendre. De plus en plus de voix se sont élevées contre la guerre, même au sein de l’armée. Cet été, des centaines de milliers de personnes ont manifesté pour réclamer la fin de la guerre, en demandant avant tout la libération des otages. Les médias français, comme partout dans le monde, parlent de la société israélienne qui se lève.

Quatre systèmes d’éducation publique distincts

Mais peut-on parler de « la société israélienne » ? D’un « peuple israélien » ? Plus de 15 millions de personnes vivent entre la Méditerranée et le Jourdain (Israël/Palestine). Une moitié de cette population est considérée par l’Insee israélien comme « Juifs et autres », l’autre moitié étant constituée de Palestiniens, ou d’« Arabes », selon les statistiques israéliennes, qui en recensent 2,13 millions, soit 21,5 % de la population israélienne.

Les Palestiniens citoyens d’Israël et des Jérusalémites représentent 30 % des Palestiniens vivant en Israël/Palestine. Les colons israéliens constituent 10 % de la population juive israélienne et presque 20 % de la population de Cisjordanie. Les 1,39 million de Juifs ultra-orthodoxes représentent environ 18 % de la population juive.

Avec quatre systèmes d’éducation publique distincts (et des filières privées supplémentaires), des médias

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Monde
Publié dans le dossier
7-Octobre : fractures israéliennes
Temps de lecture : 7 minutes

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