Les pédés sont des sorcières comme les autres
Dans un essai visionnaire initialement publié en 1978, l’auteur et militant gay Arthur Evans dresse des ponts entre la culture des sorcières et le destin des communautés LGBT à travers les âges. Une histoire rythmée par les dominations sexistes, homophobes, racistes et écocidaires.
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© Rachael Henning / Unsplash
Brûlée par les Anglais, béatifiée par les chrétiens, fantasmée par la France réactionnaire… Et si tout le monde s’était trompé ? Si Jeanne d’Arc était avant tout une icône LGBT ? C’est la thèse de l’écrivain et militant gay états-unien Arthur Evans dans Sorcellerie et contre-culture gay, publié en 1978 et enfin traduit en français cette année. Un ouvrage précurseur dans lequel il propose une relecture queer, écologiste et anticapitaliste de l’histoire. Celle des minorités spoliées par les récits des « observateurs blancs masculins ».
Première pierre d’une contre-culture gay dans les années 1970, ce livre constituera une véritable bible pour le mouvement queer des Radical Faeries (ou Fées radicales). L’ouvrage témoigne aussi, au détour de quelques phrases, d’une époque : celle d’une « liberté sexuelle » sans limite qui hypersexualisait la communauté gay et faisait parfois même l’éloge de la pédocriminalité (qu’on nommait pédophilie à l’époque). Le texte n’est pas exempt de ces influences, heureusement contextualisées dans la préface de l’édition française.
Au cœur de cet essai onirique : les sorcières et les homosexuel·les depuis le Ier siècle, entre lesquels Evans voit un lien évident. Ils et elles étaient du côté de la magie, de la sexualité et du paganisme, et sont celles et ceux que les chrétiens ont tenté de faire disparaître sur leurs bûchers, de même que les historiens à coups d’ouvrages hétérocentrés. En replongeant dans l’histoire des populations les plus anciennes, l’écrivain constate que les femmes et les homosexuels étaient souvent au centre de la société, parfois même déifié·es.
De la même manière que les prêtresses ont été transformées en sorcières, les hommes chamanes gays ont été transmutés en hérétiques.
A. EvansLa pratique du chamanisme en est un exemple parlant : « Les observateurs blancs et sexistes ont mal compris le rôle du travail des femmes dans les premières sociétés […]. De la même manière que les prêtresses ont été transformées en sorcières, les hommes chamanes gays ont été transmutés en hérétiques. » Une réécriture patriarcale de l’histoire influencée par la diffusion massive des valeurs chrétiennes. Héritage malheureux de cette histoire commune : l’étymologie des insultes homophobes, parmi lesquelles fairy (« fée », équivalent de l’insulte « folle ») et faggot (« bois pour bûcher », équivalent de « pédale »).
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