Quand la justice menace (vraiment) la démocratie

De Marine Le Pen à Nicolas Sarkozy, plusieurs responsables politiques condamnés dénoncent une atteinte au libre choix du peuple. Un enfumage qui masque pourtant une menace juridique bien réelle : celle de l’arbitrage international, exercé au détriment des peuples.

François Rulier  • 11 décembre 2025 abonné·es
Quand la justice menace (vraiment) la démocratie
© Saúl Bucio / Unsplash

À droite et l’extrême droite s’en sont donné à cœur joie : la justice, contrôlée par des « juges rouges » en quête du scalp des élites, s’attaquerait à la démocratie en ciblant un ancien président et une probable présidentiable. Un acharnement judiciaire qui renforcerait toujours plus le pouvoir des magistrats au détriment du peuple, privé de choix et de voix, si ce n’est menacé dans ses libertés fondamentales.

Ce sombre tableau témoigne en réalité de l’incompréhension qui entoure le système judiciaire, voire de la manipulation du réel. La synthèse de Laurent Willemez, Sociologie de la justice, offre un aperçu salutaire des travaux universitaires sur cette institution essentielle, pour mieux la démystifier. L’ouvrage rappelle que l’idée d’une justice aux mains de l’extrême gauche est une vieille antienne datant des années 1970, lorsque les femmes et les classes moyennes ont investi la magistrature. Pour autant, la simplification inverse voulant faire des magistrats les simples rouages d’une justice de classe est également à nuancer.

Les ressorts des « inégalités judiciaires », qui frappent d’abord les classes populaires, les femmes et les personnes racisées, sont complexes. Le « capital procédural », soit les ressources de chaque individu face à la justice, permet de penser autant la charge financière d’ester en justice que la capacité à appréhender le fonctionnement de l’institution et ses attentes.

Les émotions, attitudes ou vocabulaire déployés par les usagers influencent les décisions des magistrats : une « morale de classe » qui étiquette les pauvres mais individualise les riches. Sans compter la « frénésie sécuritaire » qui s’est emparée des parlementaires depuis un quart de siècle et qui enfonce l’institution dans une logique répressive.

Qui plus est, la justice française subit également les conséquences des politiques de « modernisation » et de « rationalisation » des services publics, alors même qu’elle est déjà largement sous-dotée en comparaison de nos voisins. Ces politiques alimentent la surcharge de travail et la perte de sens pour des magistrats parfois contraints de rendre une justice à la chaîne, guidés par des indicateurs privilégiant le nombre d’affaires traitées et la rapidité des procédures plutôt que la qualité de la décision.

Ces politiques alimentent la surcharge de travail et la perte de sens pour des magistrats parfois contraints de rendre une justice à la chaîne.

Difficile, alors, de penser que des justiciables issus du monde politique, souvent avocats, seraient les plus mal dotés pour faire face à l’arène judiciaire et seraient même victimes d’une terreur qui ne dirait pas son nom. Non seulement ils maîtrisent les arcanes de la justice et sont dotés en capitaux pour y faire face, mais leurs affaires sont scrutées à la loupe et bénéficient d’une grande attention médiatique.

Liberté des affaires

En revanche, s’il est bien un « terrorisme judiciaire », pour

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Une bonne solution : l’autogestion !
Idées 7 mai 2026 abonné·es

Une bonne solution : l’autogestion !

L’économiste Guillaume Etiévant s’emploie à montrer qu’une sortie démocratique du capitalisme est possible. Les entreprises, et toute l’économie, seraient prises en main par les travailleurs eux-mêmes, au nom de l’intérêt de toutes et tous.
Par Olivier Doubre
« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »
Entretien 4 mai 2026 abonné·es

« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »

Deux continents, un combat. L’une, Janette Zahia Corcelius, résiste aux raid de l’ICE, la police anti-immigration de Trump. L’autre, Anzoumane Sissoko, lutte pour la régularisation des étrangers depuis vingt-quatre ans. Une rencontre pour penser la résistance transatlantique contre l’autoritarisme et les répressions anti-migratoires.
Par Juliette Heinzlef et Maxime Sirvins
Le fascisme, une hydre aux mille définitions
Essai 30 avril 2026 abonné·es

Le fascisme, une hydre aux mille définitions

Le « fascisme » emporte-t-il le monde ? Jamais éteint, ce vocable est plus utilisé et débattu que jamais. Un nouvel ouvrage collectif s’efforce d’apporter nuance et complexité à ce débat sémantique ô combien politique.
Par François Rulier
La « nouvelle France », un débat qui vient de loin
Analyse 29 avril 2026 abonné·es

La « nouvelle France », un débat qui vient de loin

De la pensée révolutionnaire au nouveau slogan des insoumis, l’universalisme français n’a cessé de muter selon les contextes, révélant une contradiction entre tentation hégémonique et volonté d’ouverture.
Par Juliette Heinzlef et Alix Garcia