Terrorisme d’extrême droite : 9 membres d’AFO condamnés à de la prison ferme

12 membres du groupe d’extrême droite islamophobe Action des forces opérationnelles (AFO) ont été reconnus coupables « d’association de malfaiteurs terroriste ». La peine maximale est de 2 ans de prison ferme, sous forme de détention à domicile avec bracelet électronique.

Pauline Migevant  • 30 septembre 2025
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Terrorisme d’extrême droite : 9 membres d’AFO condamnés à de la prison ferme
Le tribunal de Paris, le 22 septembre 2025.
© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

« Vous êtes tombés dans le piège du terrorisme », articule la présidente du tribunal en s’adressant aux membres de l’Action des forces opérationnelles (AFO). Trois mois après leur procès pour association de malfaiteurs terroriste, les prévenus, âgés de 39 à 76 ans, se sont retrouvés au tribunal de Paris pour le délibéré. « Vous n’avez pas résisté », a déclaré la présidente du tribunal, se référant aux déclarations de certains prévenus à la barre, « mais vous avez cédé à la colère, à la peur, à la haine »

Tout l’enjeu de ce procès était de déterminer le degré de préparation des actes prévus contre les musulmans et le niveau d’implication de chacun au sein de cette structure hiérarchisée et clandestine.  « Les attentats de ces dernières années ont montré parfois un délai bref entre la conception et le passage à l’acte », a expliqué la juge. 

Au total, 12 des prévenus ont été reconnus coupables d’associations de malfaiteurs terroriste et 4 ont été relaxés.

La formule est claire : pour les membres du groupe « qui ont participé en conscience » aux activités du groupe « les agissements de l’AFO constituent un acte de terrorisme ». Au total, 12 des prévenus ont été reconnus coupables d’associations de malfaiteurs terroriste et 4 ont été relaxés. Les peines les plus faibles sont de deux ans en cas de sursis. Les membres de l’AFO les plus impliqués, ont, quant à eux, été condamnés à 2 ans de prison ferme et trois avec sursis.

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Parmi eux, Guy S., 71 ans, fondateur de l’AFO. La présidente du tribunal a estimé que l’homme « avait conduit la dérive terroriste d’AFO en lui assignant le but de lutter contre ce qu’il considérait être de l’emprise musulmane ». Au responsable de la cellule Île-de-France, Bernard S., 76 ans, qui s’était présenté lors du procès comme un « père de famille », la présidente a rappelé qu’il avait « organisé et animé l’ensemble des réunions au cours desquelles les projets d’actions violentes ont été préparés » et qu’il avait « dirigé la préparation d’explosifs ». 

Des explosifs à base de TATP préparés par Daniel R., alias Tommy, ancien militaire en Afghanistan, qui a également écopé de 2 ans de prison ferme. Le tribunal a noté qu’il n’avait pas cherché à « amoindrir sa responsabilité » durant le procès, mais a retenu son rôle majeur au sein de l’AFO. « Vous avez été recruté par Guy S. et Frank G. pour cette compétence spécifique que vous avez cherché à améliorer », indique la juge au benjamin du groupe.

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Ayant des problèmes d’alcool, ce dernier doit également suivre une obligation de soins. Dernier à écoper de cette peine, Frank G., 57 ans, ancien diplomate et parmi les membres fondateurs de l’AFO. Le tribunal lui a notamment reproché « le recrutement d’individus avec une compétence militaire et une propension à la violence (…) alors même que vos fonctions pour l’État français auraient dû vous conduire à la vigilance ».

Tous étaient persuadés qu’une « guerre civile » allait arriver.

Ces peines prendront la forme de détention à domicile avec bracelet électronique. La formule est claire : « Les agissements de l’AFO constituent un acte de terrorisme. »  Le nom des 12 personnes condamnées sera également inscrit sur le fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions terroristes (Fijait). Le temps que certains avaient passé en prison au moment de leur arrestation en 2017 sera déduit de leur peine. 

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Projets d’attentats islamophobes 

Biberonné au contenu de la fachosphère, le groupe AFO avait été formé en 2017 pour lutter « contre l’islamisation de la France ». Pour cela, ils avaient projeté des attaques contre la communauté musulmane. Parmi leurs projets : tuer « 200 imams radicalisés », attaquer des mosquées, remonter une file de voitures en scooter en lançant des grenades dans la voiture des Arabes, ou encore injecter de la mort aux rats dans des barquettes de nourriture halal. Ils avaient également cherché des armes, fait des week-ends aux allures paramilitaires, et confectionné et perfectionné des explosifs à base de TATP.

Une partie du groupe AFO fréquentait les clubs de tir sportif. D’autres étaient d’anciens militaires ou membres des forces de l’ordre. Plusieurs avaient des liens avec le FN/RN. Tous étaient persuadés qu’une « guerre civile » allait arriver. Ils avaient été arrêtés dans toute la France courant 2018, après l’infiltration d’un agent de la DGSI. Des dizaines d’armes avaient été retrouvées à leur domicile lors des perquisitions. Le tribunal ayant choisi de confisquer les scellés, elles ne leur seront pas restituées.

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Durant le procès, plusieurs associations s’étaient portées partie civile. L’Association des musulmans de France et le Conseil des mosquées du Rhône, représentées par Me Guez Guez ont été jugées irrecevables, leurs statuts ne prévoyant pas l’assistance aux victimes d’infraction, contrairement à la Ligue des droits de l’Homme (LDH). Une reconnaissance que salue Mohamed Jaite, l’un des trois avocats représentant l’association : « Le fait que notre constitution de partie civile ait été jugée recevable confirme la place que nous avons dans ce genre d’audience pour porter la voix de la société civile qui milite contre l’extrême droite, la xénophobie et l’idéologie raciste portée par ce groupe. »

Ils avaient été arrêtés dans toute la France courant 2018, après l’infiltration d’un agent de la DGSI.

Quant au rappeur Médine, dont le nom avait été évoqué lors d’une réunion, le tribunal a reconnu « qu’il a pu se sentir légitimement inquiet à l’évocation de son nom dans la presse ». En revanche, a ajouté la présidente, la procédure « n’a pas démontré l’existence d’un tel projet », son nom n’ayant été évoqué « qu’à une reprise dans le dossier » sans que cette « idée ne soit reprise » ou que des « recherches ciblant le rappeur n’aient été mises en évidence ».

Pour Me Solène Debarre, son avocate, « si le tribunal a estimé qu’il n’y avait pas suffisamment d’actes matériels prouvant des actions dirigées contre Médine, il a quand même été question du préjudice qu’il a subi. Et c’est important pour mon client ».

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