Au Chili, sur l’île de Robinson Crusoé, comment la pêche est restée durable

Perdu au milieu du Pacifique à 670 kilomètres des côtes chiliennes, l’archipel mondialement connu pour avoir inspiré le célèbre roman de Daniel Defoe est aussi un bijou de biodiversité marine que ses habitants ont su conserver depuis plus d’un siècle. Au contraire des ressources terrestres, qui se trouvent dans un état alarmant.

Marion Esnault  • 19 novembre 2025 abonné·es
Au Chili, sur l’île de Robinson Crusoé, comment la pêche est restée durable
© Marion Esnault

Il est 5 h 30 du matin sur l’île Robinson Crusoé, et le village de San Juan Bautista, tapi dans une petite vallée desservie uniquement par bateau, est encore endormi. Sur le pont, les pêcheurs sont déjà prêts à embarquer pour une longue journée de pêche. Hector et ses deux compères, Ramón et Patricio, mettent le cap sur l’île de Santa Clara, qui forme l’archipel de Juan Fernández avec les îlots Robinson Crusoé et Alejandro Selkirk. Ce dernier était un marin écossais arrivé sur l’île en 1704 avec une expédition européenne. « Il n’arrêtait pas de se plaindre que le bateau était en mauvais état, raconte l’historien Fernando Venegas. L’équipage a décidé de le laisser sur l’île. »

Selkirk a vécu isolé sur ces terres inhabitées entre 1704 et 1709, avant qu’une expédition anglaise n’accoste et le ramène en Angleterre. Racontée sur le Vieux Continent, son histoire aurait inspiré Daniel Defoe pour écrire Les Incroyables Aventures de Robinson Crusoé. Et c’est en 1966, à la demande d’une habitante uruguayenne de l’île qui voulait attirer les touristes, que le gouvernement chilien accepte de renommer ces deux îles alors appelées Más a Tierra (plus proche de la Terre) et Más Afuera (plus éloignée).

L’île Robinson Crusoé abrite aujourd’hui le seul village de l’archipel où vivent toute ­l’année quelque 1 200 habitants. « Nous avons tous une relation particulière avec la mer et nous pêchons depuis le plus jeune âge », raconte Hector, le capitaine de l’embarcation, caché derrière ses lunettes noires et sa casquette.

Nous avons tous une relation particulière avec la mer et nous pêchons depuis le plus jeune âge.

Hector

Après une heure et demie de navigation à bord d’un petit bateau de pêche artisanal, Ramón coupe quelques morceaux de maquereau royal (sierra) que son collègue Patricio accroche à une vingtaine d’hameçons répartis sur une longue corde lestée par une pierre. « Nous ne pêchons qu’avec des techniques artisanales », explique Patricio, qui ajoute qu’aujourd’hui ils vont utiliser la technique de la palangre pour attraper la breca ou le bacalao (morue), et la canne à pêche pour la vidriola.

Pour la langouste ou le poulpe, les pêcheurs de Robinson Crusoé utilisent des pièges en bois qu’ils fabriquent eux-mêmes. « La langouste est le produit

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Fiona Mille : « Les Jeux olympiques empêchent de penser d’autres possibles »
Entretien 18 février 2026 abonné·es

Fiona Mille : « Les Jeux olympiques empêchent de penser d’autres possibles »

La présidente de l’association Mountain Wilderness France bataille avec d’autres citoyens pour que les Jeux olympiques d’hiver 2030 n’aient pas lieu en France. Dans son livre Réinventons la montagne, elle imaginait trois scénarios pour les territoires montagneux, dont un qui anticipe la raréfaction de la neige et imagine un avenir écologique des stations de ski.
Par Vanina Delmas
« Tous les transports publics du quotidien devraient être gratuits »
La Midinale 13 février 2026

« Tous les transports publics du quotidien devraient être gratuits »

Patrick Le Moal, représentant de l’Union pour la gratuité et le développement des transports (UGDT), est l’invité de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien
La pollution, un impensé colonialiste
Analyse 6 février 2026 abonné·es

La pollution, un impensé colonialiste

Chlordécone aux Antilles, pénuries d’eau à Mayotte, aires d’accueil de gens du voyage contaminées, quartiers populaires asphyxiés… Les populations racisées paient le prix fort d’un racisme environnemental que l’écologie dominante peine encore à nommer.
Par Thomas Lefèvre
À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »
Reportage 6 février 2026 abonné·es

À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »

Depuis plus d’une décennie, l’association Da So Vas dénonce des conditions de vie alarmantes sur l’aire d’accueil en bordure de Lille et demande des solutions de relogement. Ce lieu est devenu un symbole du racisme environnemental subi par les gens du voyage.
Par Thomas Lefèvre