Désoccidentalisez… il en restera bien quelque chose !

À travers deux ouvrages distincts, parus avec trente ans d’écart, le politiste Thomas Brisson et l’intellectuel haïtien Rolph-Michel Trouillot interrogent l’hégémonie culturelle des savoirs occidentaux et leur ambivalence lorsqu’ils sont teintés de progressisme.

Olivier Doubre  • 5 décembre 2025 abonné·es
Désoccidentalisez… il en restera bien quelque chose !
En Amérique, les colons rencontrent Massasoit, chef de la tribu des Wampanoag, autour de 1620.
© Bianchetti/Leemage / Bridgeman Images via AFP

Désoccidentalisation. Le substantif désigne une mise à distance active de l’Occident et de son emprise sur les cadres de pensée. Concernant les sciences humaines et sociales, cela évoque bien sûr les postcolonial studies, voire les subaltern studies. Dans un sens plus large, ces dernières ne se limitent pas aux sociétés des contrées ou nations jadis colonisées par les empires, mais considèrent d’abord leurs populations dominées, asservies. Et surtout ignorées, des siècles durant, par les disciplines qui auraient justement dû les considérer.

Pourtant, cette « désoccidentalisation des savoirs », pour reprendre le titre de l’ouvrage du politiste Thomas Brisson, ne saurait être appréhendée ni comprise « à sens unique ». C’est là l’apport de ce travail que de souligner combien cette désoccidentalisation, dès le XIXe siècle, à l’heure des débuts d’une mondialisation encore balbutiante, « recouvre deux processus opposés ».

D’un côté, en dépit des rapports « asymétriques » induits par l’impérialisme (intellectuel) colonial, européen et nord-américain principalement, elle a signifié la diffusion des savoirs occidentaux au-delà des océans et des frontières – « dont l’appropriation au-delà de leur contexte d’émergence leur a permis de supplanter ou, en tout cas, de “déréguler” les savoirs autochtones ».

Quand éclate la Révolution noire à Port-au-Prince en 1791, celle-ci est simplement impensable pour les colons, mais aussi pour les élus de l’Hexagone.

Où les savants non occidentaux, s’appropriant les recherches et modes de pensée occidentaux, participèrent à leur « homogénéisation » bien au-delà des contrées de leur conception. Non sans « adaptations, reformulations, réinterprétations et sélections » des apports de ce qui est souvent appelé la « modernité européenne  », battant déjà en brèche l’axiome supposé d’un « ethnocentrisme » occidental. Mais, d’un autre côté, la désoccidentalisation des savoirs désigne aussi la « mise en cause de leur hégémonie au nom d’autres modes de pensée qu’il s’agit alors de revaloriser ou d’inventer ».

Les études postcoloniales s’inscrivent bien sûr dans cette seconde approche de « critique » ou de « diffraction » des savoirs occidentaux. Et le chercheur de se demander, à l’heure d’une globalisation multipolaire où le soft power est toujours moins négligeable, si « le futur pourrait donner droit à l’expression de modernités alternatives et permettre l’ouverture d’espaces de pensée pluriels, dans lesquels l’Occident

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 4 minutes

Pour aller plus loin…

L’hystérie, symptôme… des violences masculines
Féminisme 16 janvier 2026 abonné·es

L’hystérie, symptôme… des violences masculines

Stéréotype sexiste qui traverse les époques, le mythe de l’hystérie continue d’influencer la médecine et la justice. La journaliste Pauline Chanu le décortique, exhumant au passage des siècles de violences institutionnelles et médicales.
Par Salomé Dionisi
Christiane Taubira : « Face à Trump, la France ne joue pas son rôle de puissance régionale »
Entretien 13 janvier 2026 libéré

Christiane Taubira : « Face à Trump, la France ne joue pas son rôle de puissance régionale »

L’ancienne élue de Guyane est une grande voix des Outre-mer français. Elle revient sur le rapt de Nicolás Maduro et l’absence d’une grande action diplomatique de la France, puissance pourtant voisine du Venezuela, face à cette violation flagrante du droit international par les États-Unis.
Par Olivier Doubre
Marcuse, penseur du néofascisme qui vient
Philosophie 8 janvier 2026 abonné·es

Marcuse, penseur du néofascisme qui vient

Haud Guéguen débarrasse le philosophe de son image d’inspirateur d’étudiants rebelles pour tirer de sa pensée des leçons stratégiques de lutte antifasciste.
Par Olivier Doubre
« Donald Trump donne un permis général pour un Far West global »
Entretien 5 janvier 2026 libéré

« Donald Trump donne un permis général pour un Far West global »

Directeur de recherches à l’Iris et spécialiste de l’Amérique latine, Christophe Ventura dresse un panorama des rapports de force à Caracas, alors que le président vénézuélien Maduro, kidnappé par les États-Unis dans la nuit du vendredi 2 janvier, a été présenté devant la justice américaine.
Par Olivier Doubre et Pierre Jacquemain