Le modèle extractiviste vénézuélien, tout sauf une référence
Même en dénonçant l’arrestation de Nicolás Maduro par les États-Unis de Trump, son régime ne saurait être un modèle pour un gouvernement progressiste et écologiste.
dans l’hebdo N° 1899 Acheter ce numéro

© Juan BARRETO / AFP
L’arrestation brutale de Nicolás Maduro par les États-Unis de Trump sous le prétexte fallacieux de narcotrafiquant, non repris par le procureur de New York, a été dénoncée. L’usage de la force pour capturer un chef d’État en exercice constitue un acte politique qui affaiblit le droit international et légitime la puissance au détriment de la démocratie.
Donald Trump, fidèle à sa doctrine « America First », assume sans complexe cette ingérence musclée. Le Venezuela est une cible stratégique pour ses ressources naturelles à exploiter au seul bénéfice des entreprises états-uniennes. Ce cynisme réactualise la doctrine Monroe, légitime toutes les aventures impérialistes et pose un précédent dangereux. Demain, tout État récalcitrant (le Groenland, le Canada…) à la volonté trumpienne deviendra une cible légitime. Rien ne justifie ce retour assumé à la loi du plus fort.
Nous pouvons débattre de la nature du régime vénézuélien, mais l’enjeu central est ailleurs. Entre Hugo Chávez et Nicolás Maduro, la rupture démocratique est incontestable, la dérive autocratique difficile à contester. Par contre, le modèle extractiviste, au Venezuela comme ailleurs – République démocratique du Congo, Soudan… – est indéfendable. Il détruit les territoires, nourrit la corruption et sert de prétexte à toutes les ingérences.
Le Venezuela plie sous la malédiction de la rente pétrolière, la corruption des élites et la militarisation du pouvoir.
« Malédiction de l’abondance »
À l’inverse, l’Équateur d’Alberto Acosta a proposé une autre voie que la « malédiction de l’abondance » du pétrole, en dénonçant comment la rente énergétique nourrit dépendance, corruption et destruction des territoires. Père de la Constitution équatorienne de 2008, l’économiste y inscrivit une avancée majeure : la reconnaissance des droits de la Nature, inspirée des philosophies des peuples autochtones andins, de l’idée du Buen Vivir ou Sumak Kawsay en quechua, faisant des écosystèmes un principe constitutionnel supérieur.
Par ailleurs, loin du Venezuela enlisé dans sa rente pétrolière, l’initiative « ITT-Yasuní », portée par Acosta, proposait de laisser sous terre 846 millions de barils au cœur du parc Yasuní – l’une des zones les plus riches en biodiversité au monde, où habitent les peuples Tagaeri et Taromenane. En échange de 3,6 milliards de dollars internationaux (1), l’Équateur aurait financé des énergies renouvelables, évitant 410 millions de tonnes de CO₂. Malgré son échec en 2013, cette proposition reste une référence. Un pays pétrolier peut poser des limites écologiques pour éviter l’effondrement.
Laissons le pétrole sous terre ! : l’initiative Yasuní-ITT en Équateur, Matthieu Le Quang, éditions Omniscience, coll. « La manufacture des idées », 2012.
Comme tant de pays extractivistes, le Venezuela plie sous la malédiction de la rente pétrolière, la corruption des élites et la militarisation du pouvoir. Maduro achève de liquider le projet social de Chávez, privilégiant une armée toute-puissante au détriment des populations civiles. Même en dénonçant l’arrestation de Maduro, son régime ne saurait être une référence pour un gouvernement progressiste et écologiste. À la gauche de tracer une autre voie : souveraineté populaire sans autocratie, décroissance choisie sans rente maudite, internationalisme conséquent sans complaisance ni ingérence.
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