Violence politique : « L’histoire ne doit pas être effacée »

Najib Bayoumi est le porte-parole de la fédération socialiste de la Somme. Son oncle, Abderahmane Rabah, a été jeté vivant d’une falaise par des militants d’extrême droite, en 1994. Il dénonce le renversement des responsabilités après la mort de Quentin Deranque, où la gauche se retrouve sommée d’endosser une violence qui n’est pas la sienne.

• 23 février 2026
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Violence politique : « L’histoire ne doit pas être effacée »
Marc de Cacqueray-Valmenier (à gauche), ancien chef de la faction nationaliste dissoute des Zouaves de Paris, participe à une marche en hommage à Quentin Deranque, militant d'extrême droite, à Lyon, le 21 février 2026.
© Olivier CHASSIGNOLE / AFP

Depuis la mort dramatique de Quentin Deranque, militant d’extrême droite, la gauche est la cible de toutes les attaques. Elle est sommée de se justifier, d’endosser la responsabilité d’une violence politique à l’opposé de son combat historique pour la République, de se positionner selon les termes imposés par l’extrême droite. Je n’y trouve rien d’étonnant.

Cette séquence s’inscrit dans un continuum engagé depuis quelques années par la concentration des médias au service d’une idéologie mortifère. La gauche est confrontée au « bollorisme », un journalisme de guerre culturelle qui ne recule devant aucune instrumentalisation pour glaner un gain politique au bénéfice de son camp philosophique. C’est ainsi que le récit du collectif identitaire Némésis fut imposé dès les premières heures suivant le drame, sans même attendre que l’enquête judiciaire ne commence.

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Dans ce débat, devenu procès politique de la gauche, la nuance n’a pas de place. La soumission aux injonctions de la droite réactionnaire est devenue le préalable à toute prise de parole. Toute analyse qui inscrirait le temps long dans la réflexion est disqualifiée avec, pour seule issue, la banalisation encore un peu plus de l’extrême droite. La responsabilité de décennies de violences politiques, qui doivent nécessairement être combattues et condamnées, a été attribuée à la seule « extrême gauche ». Sans retenue, sans sagesse, sans considérations historiques, en faisant fi de l’État de droit. Comme souvent, les populistes ont mobilisé les affects de la colère pour verrouiller les termes du débat et disqualifier toute pensée contradictoire. Désormais, le stigmate est inversé au profit des identitaires. L’antifascisme serait devenu le nouveau fascisme.

Un soir d’été 1994, mon oncle, Abderahmane Rabah a été poursuivi par une bande de nervis.

Victime muette

L’histoire n’a plus d’importance. La vérité non plus. Y compris celle, palpable, que nous observons aujourd’hui autour de nous. Nous avons déjà détourné le regard des vies perdues pour rien sous les balles de l’ICE aux États-Unis. C’est pourtant un fait indéniable : la violence politique contre les personnes est avant tout l’apanage des fascistes. Entre 1986 et 2021, 165 attentats ont été commis par la droite radicale entraînant la mort de 48 innocents. Sur cette même période, 53 meurtres à caractère idéologique sont survenus. 90 % étaient l’œuvre de l’extrême droite. J’en sais quelque chose : mon oncle, Abderahmane Rabah l’a payé de sa vie.

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Un soir d’été 1994, alors en vacances en famille à Ault, il avait été poursuivi par une bande de nervis, encouragés par les mêmes discours xénophobes et civilisationnels qui rythment aujourd’hui le débat public. Traqué, insulté, lynché et jeté vivant d’une falaise de 30 mètres parce qu’il avait le tort d’être arabe, mon oncle a été la victime muette d’un vent mauvais qui n’a jamais cessé de souffler.

Comme lui, ils sont nombreux à être tombés sous les coups de racistes écervelés, encouragés par les discours violents des tenants du fascisme. Comme lui, ces nombreuses victimes n’ont pas droit aux honneurs du Parlement : Ismaël Aali tué le 6 janvier 2026 à Loire-sur-Rhône, Hichem Miraoui tué le 31 mai 2025 à Puget-sur-Argens, Djamel Bendjaballah tué le 31 août 2024 près de Dunkerque, Angela Rostas tuée le 22 février 2024 en Haute-Savoie, Emine Kara, Aburrahman Kizil et Sirin Ayd, le 23 décembre 2022 à Paris, Éric Casado-Lopez à Paris le 14 mai 2022, Federico Martín Aramburú le 19 mars 2022, à Paris.

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Ère préfasciste

À l’heure où il serait primordial de faire bloc et de rappeler ces éléments de vérité, une partie de la gauche préfère prendre sa part de l’instrumentalisation de la mort d’un jeune homme. Ceux-là pensent obtenir un gain politique en embrassant les injonctions des complaisants avec le fascisme. Ce calcul cynique n’a d’autre finalité que d’asseoir l’idée d’une équivalence entre totalitaires et humanistes.

L’outrance de celles et ceux qui s’adonnent à ces calculs électoraux me fait honte. Le temps n’est pas à épouser les moyens d’un procès politique fallacieux. C’est l’ensemble de la gauche qui est attaqué, parce qu’elle est la seule en mesure de se dresser en tout temps contre l’extrême droite pour l’empêcher de prendre le pouvoir.

Aujourd’hui La France insoumise est attaquée. Demain viendra le tour du Parti communiste, du Parti socialiste et celui des Écologistes. Personne n’y échappera. À cet instant précis, qui a tout d’une ère préfasciste, la clarté dans nos rangs est nécessaire.

C’est l’ensemble de la gauche qui est attaqué, parce qu’elle est la seule en mesure de se dresser contre l’extrême droite.

La gauche doit être capable de rappeler que le combat antifasciste est un combat qu’elle mènera aussi longtemps que la tentation fasciste existera. Elle doit être capable de condamner sans ambiguïté la mort d’un jeune homme pour les idées qu’il défendait, fussent-elles diamétralement opposées à ses combats historiques. Elle doit dire qu’elle ne se reconnaît pas dans la violence de ceux qui tuent à mains nues. Sans cela, la bataille culturelle est perdue d’avance, et nous contribuerons par notre passivité à porter le dessein de ceux qui veulent que les mots horribles deviennent des coups dévastateurs. Levons-nous ! Quand la République est en jeu, faisons bloc et réaffirmons que nous nous tiendrons toujours contre la lie du fascisme.

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